LES CARTÉSIENS ET LES PROTESTANTS DE L'ACADÉMIE
appartenant à l'entourage du cardinal, Desmarets, Sirmond, Du Cliâtelet et, notamment, ce Boisrobert dont Richelieu avait fait son plaisantin, une sorte de fou de cour, colporteur des potins delà ville et des lettres. Boisrobert n'ignorait pas l'intérêt que Richelieu portait à la pureté de la langue, dans le besoin où il était de s'assurer le concours de l'opinion, de rallier la France entière à l'idée de l'unité nationale; il savait que le cardinal cherchait des hommes, des écrivains capables d'exposer clairement ses idées et d'entraîner le pays vers de promptes solutions dans ce laborieux effort pour l'unité. Il attira l'attention du cardinal sur le groupe Conrart. Richelieu prit intérêt à l'initiative, qu'il fit sienne avec sa netteté et sa profondeur ordinaires : « Le cardinal, dit Pellisson, qui avoit l'esprit naturellement porté aux grandes choses, qui aimoit surtout la langue françoise en laquelle il écrivoit fort bien, demanda à M. de Boisrobert si ces personnes ne voudroient point faire un corps et s'assembler régulièrement sous une autorité publique. »
Les hommes qui appartenaient à ce premier groupe, « tous gens de lettres et d'un mérite au-dessus du commun », dit encore Pellisson, étaient Godeau, plus tard évêque de Grasse, Gombauld, Chapelain, Conrart, Giry, Hubert de Montmort, son frère l'abbé de Cerizy, Serizay, Malleville. La liste des quarante membres, chiffre qui fut arrêté, se compléta peu à peu, du consentement de Richelieu (1). Si on examine cette liste avec attention, on est frappé du nombre de cartésiens et de protestants qu'elle renferme. Peut-être y avait-il là une pensée intime du cardinal en vue de son éternelle préoccupation : l'unité intellectuelle et religieuse du pays, unité qu'il espérait achever même par la paix religieuse et la réunion des deux Eglises (2). Telle fut l'origine, en somme modeste, de cette institution destinée à un si grand avenir.
Le 22 mars 1634, les promoteurs avaient chargé l'un d'entre eux d'exposer au cardinal les raisons pour lesquelles ils sollicitaient
(1) Relations contenant Vhistdire de V Académie française (par Pellisson). A Paris, chez Augustin Courbé, édition originale 1653, pages 16 et suivantes.
(2) Voir ci-dessus, pages 156 et suivantes, Richelieu et la Religion. Ce dessein, le cardinal y travailla toujours. 11 en entretint plus dune fois saint Jean Eudes. Voir lnuvrage du Père Georges, Saint Jean Eudes, pages 57 et 67.