LE CHOIX ET L'LSAGE DES MOTS
sa protection : raisons intellectuelles et littéraires qui seules étaient de leur compétence et qui seules les intéressaient; mais avec cette nuance où l'esprit cartésien se révèle : « Il ne suffîsoit pas d'avoir une grande et profonde connaissance des sciences ni une facilité de parler agréablement en conversations, ni une imagination vive et })rompte, capable de beaucoup inventer, mais il falloit comme un génie particulier et une lumière naturelle capable de juger de ce qu'il y avoit de plus fin et de plus caché dans l'éloquence, il falloit enfin comme un mélange de toutes ces autres qualités en un tempérament égal, assujetties sous les lois de V entendement et sous un jugement solide. »
Rien de plus frappant, n'est-il pas vrai, que ce souci de la règle, de la mesure, du bon sens, méthodes et doctrines qui, dégagées par Descartes, acceptées par la France, allaient être celles des temps nouveaux.
En ce qui concernait la tâche spéciale et, pour ainsi dire, technique de l'Académie, elle devait s'appliquer au choix et à l'usage des mots : « Quant aux fonctions attribuées à l'Académie, qui étoient la seconde chose dont on avoit promis de traiter, elles seroient de nettoyer la langue des ordures qu'elle avoit contractées, ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du Palais et dans les impuretés de la chicane ou par les mauvais usages des courtisans ignorants ou par l'abus de ceux qui la corrompaient en l'écrivant et de ceux qui disent bien dans les chaires ce qu'il faut dire, mais autrement qu'il ne faut; que, pour cet effet, il seroit bon d'établir un usage certain des mots; ... que si ces résolutions ne pouvoient servir de règles à l'avenir, au moins pourroient-elles bien servir de conseils... Cette Compagnie, disait-on pour finir, avoit pris le nom à' Académie françoise parce qu'il étoit le plus modeste et le plus propre à sa fonction (1). »
L'esquisse si mûrement méditée et soigneusement rédigée fut présentée au cardinal, qui se la fit lire deux fois : d'abord par le cardinal de La Valette qui se trouvait là, ensuite par Boisrobert; après quoi, il dit simplement « qu'il estimoit toute la
(1) Pellisson, "/». cit., pages 33-i3.