‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 28 sur 367 · LE GÉNÉRAL DHS NU-PIEDS · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL DHS NU-PIEDS

condition qu'ils soient, de se fournir d'armes et munitions de guerre, pour le service du Roi et maintien de son État, dans quinzaine; pour, au premier commandement et avertissement dudit seigneur (général des Nu-pieds), se rendre en bon ordre et équipage au lieu qui leur sera ordonné, pour la défense et franchise de la patrie oppressée des partisans et gabeleurs (1). » Le général écrivait « de son camp » et scellait son placard « du sceau de ses armes ».

Richelieu avait bientôt connu tous les détails des « inconvénients de Normandie « : les paysans s'assemblant en armes à Avranches et à Coutances, élisant des chefs, formant une infanterie et une cavalerie; la population de Rouen assommant, le 4 août, un contrôleur des teintures, qui s'était réfugié dans la cathédrale; le général de la vicomte se gardant bien de réprimer le désordre; les troubles renaissant le 21, les bureaux de recette mis au pillage; dans les maisons des commis, meubles, papiers, registres précipités par les fenêtres, alimentant des feux de joie qu'on attisait dans les rues; et toujours le lieutenant général de « la vicomte » observant une neutralité étrange, même lorsque le sieur Le Tellier, commis général des gabelles, avait vu son logis assiégé par les séditieux. Ce qu'il y avait de plus grave, c'était que le Parlement ne se préoccupait guère de la non-exécution de ses arrêts et que les trésoriers de France avaient osé répondre au fermier des Aides, qui demandait le rétablissement de son bureau saccagé : « Le Roi n'a aucune maison à lui appartenante dans la ville de Rouen, où l'on puisse mettre le bureau des Aides (2). » Le 23 août 1639, le cardinal en était réduit à écrire à Bouthillier, surintendant des Finances : « J'ai su les désordres de Rouen, mais je ne sais pas le remède, étant impossible de trouver les gens de guerre qui sont demandés, si on ne veut pas perdre toutes les affaires du Roi et abandonner la France aux étrangers. Et encore, quand on voudroit s'exposer à cet inconvénient, vous ne sauriez avoir ce remède de deux mois, et le mal que nous en recevrions ne seroit pas si tardif (3). »

Il n'en fallut pas moins recourir à ce remède si redouté, distraire

(1) Père Griiïet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 249.

(2) Ibidem, tome III, page 250.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, page 500.

Page 1