‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 275 sur 367 · SIMPLICITÉ, ORDRE ET NAÏVETÉ DU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SIMPLICITÉ, ORDRE ET NAÏVETÉ DU FRANÇAIS

des exilés qui furent rappelés après la mort du cardinal de Richelieu : « Presque tout ce qui açait été haniii revint. » M, Pellisson dit, au sujet de ce grand ministre dans V Histoire de V Académie française : Comme il était au lit et que tout dormait chez lui... L'auteur de la Relation des campagnes de Rocroi et de Frihourg se sert de ce terme lorsqu'il parle des Espagnols qui, ne pouvant plus soutenir l'effort des Français, se réfugièrent autour du prince à la bataille de Rocroi : Tout ce qui peut échapper à la fureur du soldat accourt en foule pour lui demander la vie et le regarde avec admiration. »

Donc,JoM^ se trouve personnifié, et voilà même que tout « regarde ». Tout désigne, dans ces cas, une foule vivante, ardente, trépidante. Notre auteur tient, d'ailleurs, à le préciser : il cite la phrase de VHistoire de VArianisme décrivant une bataille : « Tout combattit, tout se mêla, tout fut confondu sans qu'il n'y eût plus aucun ordre, ni distinction de corps. « Ainsi, les hommes et les choses, à la faveur du mot tout, font partie du même indiscernable tumulte. Oui, langage nouveau, enrichi, assoupli, précisé qui, dans sa brièveté, évoque tout en une si claire expression.

Mais suffisait-il de l'usage pour lui donner cette clarté, cette sûreté, cette netteté, cet éclat? Non, il y fallait, en plus, le génie des écrivains; et il y fallait, — allons jusqu'au bout, — ■ l'exigence de l'âme française.

L'année de la langue, c'est l'année de la fondation de l'Académie française, oui; mais c'est aussi l'année du Cid. Nos enfants apprendront à jamais les vers de Corneille et les pensées de Pascal, Mais c'est aussi Vannée de Corbie, l'année de la France libérée et unifiée. Tous ces grands faits étaient nécessaires et simultanés pour fixer cette chose flottante depuis plus de mille ans, la langue.

En ces années glorieuses, la France était en travail de ses diverses grandeurs sous les ordres réfléchis du cardinal; et elle obéissait, elle voulait obéir. Lui mort, elle obéit encore. Depuis lors, elle a obéi avec zèle et ponctualité aux lois du langage dictées par l'autorité du ministre qui dort sous le dôme de la Sorbonne. Et cette langue est maintenant acceptée par tout le pays, par toutes les classes, parlée et comprise partout, en France et au dehors, aux sources du Nilet sur le fleuve Mékong; elle sert à la psychologie.

:v.U CORNEILLE ET LA RÉFORME DE L'ORTHOGRAPHE

aux sermons, aux techniques les plus diverses. Elle est fixe et, cependant, elle se transforme, elle s'adapte : le télégraphe, le téléphone, le cinéma se servent d'elle et elle les aide par sa simplicité son ordre, sa brièveté. L'étranger l'apprend avec honneur; elle est, malgré tout, la langue de la diplomatie et la langue de la paix. Les institutions ou les règles internationales qui lui échappent ne durent pas.

Restons dans le cadre de la littérature. Par la fondation de FAcadémie française et sur le signe du cardinal, tout le monde en France ^'est mis à la tâche.

Nous savons très mal ce que faisaient les quarante : peut-être rien, se disputant beaucoup. Mais la France a compris que la langue, puisqu'on faisait appel à l'usage, était l'affaire de tout le monde et qu'il fallait s'occuper d'elle constamment. Dès lors, il n'y a plus une pensée, une forme, une syllabe, une lettre dans l'écriture ou dans la conversation qui ne soit considérée et méditée : dans les moindres de nos villes, bourgs, châteaux, le même goût de la recherche, de la clarté, de la pureté, de l'élégance. On connaît la Querelle du Cid qui amusa Paris; mais a-t-on assez tenu compte de la croisade qui enrôla toutes les intelligences au sujet de la syntaxe et de l'orthographe? A-t-on insisté sur la querelle, autrement délicate, des adjectifs et des participes? Sait-on seulement que, dès l'année 1656, dans la quatrième partie du Théâtre de Pierre Corneille, dans la troisième partie des Poèmes dramatiques de Thomas Corneille, suivant la volonté déclarée de Pierre, la réforme de l'orthographe, — usurpée plus tard par Voltaire, — est en voie d'accomplissement, sans bruit et par un ordre au correcteur ?

Il ne peut être question d'analyser ici les commentaires infinis de Vaugelas, de Ménage, de Segrais, de Huet, de Patru. Que, du moins, l'histoire rappelle avec autorité les faits notoires et acquis. La Bruyère dit : « L'on écrit régulièrement depuis vingt années (ce qui fait remonter le fait vers le temps de Richelieu); Ton est esclave de la construction; l'on a enrichi la langue de nouveaux mots; spooué le joug du latinisme et réduit le style à la phrase purement française; Von a presque retrouvé le nombre que

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