DESCARTES ET L'ARCHITECTURE FRANÇAISE ;;I
technique reste toute nationale; la chapelle du château do Versailles répond à la même tendance; c'est, en somme, la Sainte Chapelle de saint Louis en style classique (1). »
Telle allait se dégager l'architecture du Grand Siècle, cette architecture « soumise aux règles de la raison », que Descartes, — chose vraiment extraordinaire, — avait appelée de ses vœux dans un passage du Discours de la Méthode. Parlant des villes françaises, il écrit : « On dirait que ces anciennes cités, n'ayant été au commencement que des bourgades^ sont devenues, par succession du temps, des grandes villes; et qu'elles sont ainsi ordinairement si mal composées auprès de ces plans réguliers qu'un ingénieur trace à sa fantaisie, dans une plaine,... que c'est plutôt la fortune que la volonté de quelques hommes usant de raison qui les a ainsi disposées. »
Une architecture conçue et élevée par la volonté de quelques hommes usant de raison, telle était donc celle que Richelieu, par une décision éclairée, réfléchie, — faut-il dire « cartésienne »? — allait soumettre au goût français.
En prenant ce parti et en le réalisant « d'une volonté soutenue «, au prix des plus grands sacrifices et en bravant des polémiques atroces, le grand homme tenait à donner l'exemple et à dominer partout. Il déterminait avec une efTicacité plus réelle et, en tous cas, plus exemplaire que celle de l'écrivain, en actes et non pas seulement en paroles, la Méthode devenue celle de ce génie nouveau, qui, par la France, allait, au Grand Siècle, planer sur la nouvelle Europe.
Bien entendu, il ne s'agit nullement d'écarter de cette initiative les influences extérieures : la France aime à prendre son bien où elle le trouve; une certaine nouveauté exotique l'intéresse toujours.
se rapprochant des cathédrales gothiques, voir M. Reymond, De Michel-Ange à Tiepolo, 1912, in-12, page 48.
(1) Il n'est pas inutile de citer à l'appui d'une thèse, admise d'ailleurs dans sa ligne générale, cette phrase si claire d'un autre technicien de l'art, M. Vaudoyer : « La coupole fut une conquête dont les architectes du xvii« siècle enrichirent l'architecture française et dont il faut leur faire honneur... Car les églises de ce siècle ne laissent pas de présenter, dans leur ensemble, un aspect noble et grandiose, tout aussi susceptible d'exalter les sentiments religieux que les plus belles églises gothiques. » Voir Vaudoyer, Pairin. La France antique et moderne.