LUTTE CONTRE L'ITALIANISME
Mais il convient d'observer, pour comprendre les faits et les résultats, qu'une semence venue du dehors, étant tombée sur une terre fertile et bien préparée, il se fit comme un choix, une sorte de ventilation entre les éléments qui allaient former le style classique en France. Le grain français ainsi obtenu par le travail des siècles, fructifierait une fois encore, par la mesure, dans la beauté.
L'Italie est là, assurément. Le Primatice travaille à Fontainebleau, Rosso, Serlio, Benvenuto Cellini, le Boccador sont à l'œuvre partout dans le Royaume, sans parler du grand Léonard, qui regarde naître Chambord et qui donne, peut-être, l'idée de l'escalier à double évolution. Incontestablement, ces hommes apportent un souffle d'au delà des Alpes. Mais il ne faut pas oublier qu'ils ont trouvé, sans retard, une résistance déclarée et éclairée chez les gens du cru dont la technique était assurée de son originalité et de ses ressources (1).
Philibert Delorme, Lescot, Chambiges, Jean Bullant ne se laissent pas faire. Un biographe de Philibert Delorme, M. Vatout, donne, de ces rencontres et de ces heurts, un tableau pittoresque et vivant : « Les écoles provinciales engagent énergiquement la campagne contre l'italianisme, écrit-il. Au Congrès de Chateaubriand, réuni par Jean de Laval pour délibérer sur les plans de son nouveau château, maître Pihourt, architecte de Rennes, monté sur sa jument, botté de foin, ceint de sa grande robe et le chapeau bridé, défend au nom de ses collègues, la doctrine de l'école française, contre les doctrines ultramont aines et gagne son procès, ayant montré à tous qu''il savait plus que son pain manger (2), »
Homme d'un talent inné, et d'un vaillant cœur s'il avait un assez mauvais caractère, Philibert Delorme mène le jeu. « Il déteste les Rossi, les Primatice et ne se fait point faute d'afficher nettement, à toute heure, son opinion sur ces artistes italiens qui, « pour leurs beaux portraits et une je ne sais quelle ténacité, accompagnée de grand nombre de paroles et d'arrogance, déçoivent les hommes crédules et se persuadent et promettent incontinent être les princes
(1) Consulter sur ces points : Choisy, Histoire de l'ArcIiiterture, tome II, i.
(2) Noi'l du Fail, Contes d'Eutrapcl.