PHILIBERT DELORME
du monde, avoir mérité d'être réputés grands architectes. » Observons, qu'au même moment, cet éternel mécontent a la fierté de sentir que sa résistance rallie l'opinion des hommes avertis. « C'est la mobilité de l'esprit mercurial des Français, écrit-il, mais non de tous, car il y en a un grand nombre de sages et très prudents qui savent fort bien regarder le profit du Royaume, y faisant laisser l'argent qui se transporteroit aux étrangers, afin de le faire gagner à ceux du pays et s'aider de tout ce qu'on y trouve, sans aller chercher dehors autres singularités que celles que nous avons en grand nombre et savons (grâces à Dieu) bien orner et disposer (1). »
Il en était de même dans la vie publique, et c'est le lieu de remarquer ici, combien est étroite l'union qui existe entre l'art, la pensée et les moeurs, — étant entendu que la politique suivra à son tour: un L'Hospital, un Du Vair, un d'Ossat, un président Jeannin, ne se laissent pas prendre aux finasseries ambitieuses de la Médicis, mère de trois Rois. Dans les lettres, Henri Estienne engageait le même combat contre les gens de cour qui affectaient d' (c italianiser » la langue; il mettait, dans la bouche de son Celtophile cette apostrophe, adressée au courtisan : « Que diriez-vous là-dessus, Monsieur Philausone? Ne mettrez-vous point votre pauvre conscience en repos et crierez, en présence de vos compagnons courtisans : Alea culpa, mea culpa? Vous crierez merci à vostre patrie de ce que vous avez ainsi déshonoré et honni son langage naturel? Ores, je vois tm grand changement, ajoute le Philologe; mais j'espérerois, si vous demeuriez un peu de temps hors de la Cour, que vous auriez incontinent recatholizée en bon langage françois (2). »
Ce mot recatholizée donne soudainement au débat toute sa portée. Il s'agit, non de langage seulement, mais de la pensée, de la foi, de l'idéal à la suite de l'art et des lettres. L'humanisme avec .le retour vers une sorte d'éblouissement produit par la philosophie antique, puis la Réforme, puis les guerres qui en ont été la suite.
(1) Voir, pour ce grand débat l'étude de Marius Vatout sur Philiberl Delorme, Paris 111-4°, page 55.
(2) Henri Estienne, Deux Dialogues du noui-eau langage françois italianùsé, publié en 1579, Édition Lizoux et Belin, 1883, in-8», tome II, page 288.