‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 298 sur 367 · LE VAL-DE-GRACE · texte numérisé non relu

LE VAL-DE-GRACE

meubler un horizon que ce goût si sûr vient de découvrir.

Le cardinal n'ignorait pas que la reine Anne d'Autriche rêvait d'avoir, dans Paris, son édifice à elle, comme Marie de Médicis avait le Luxembourg : et, ce qu'elle voulait, c'était, comme le cardinal, une'» maison », c'est-à-dire un ensemble de bâtiments entourant un sanctuaire. En bonne Espagnole, en reine qui attendait, qui espérait si ardemment la naissance d'un enfant, elle voulait une crèche, qui serait confiée aux religieuses du Val-de-Grâce.

La première pierre fut posée dès 1624. Mais, pour une raison non précisée, provenant probablement des froideurs du ménage royal, les travaux languirent; les plans ne paraissent pas avoir été arrêtés de bonne heure. Seulement, du vivant de Richelieu et de Louis XIII, on avait fait appel à la compétence reconnue d'un architecte destiné à une haute renommée, Nicolas-François Mansart. De 1632 à 1634, il avait construit l'église de la Visitation des Filles de Sainte-Marie, rue Saint-Antoine, sur le modèle de la Rotonde à Rome; ensuite, la rotonde de l'Oratoire (aujourd'hui le temple protestant). Il pouvait donc passer pour « le maître des coupoles », comme, plus tard, Gabriel devait passer pour « le maître des colonnes »; mais Mansart n'avait pas alors une très bonne réputation; on l'accusait de grivèlerie; avec lui nul engagement ferme et sûr. On disait « qu'il ne sauroit achever un bâtiment sans en abattre plus de moitié ». Finalement, on fit appel à Lemercier et celui-ci se mit à la tâche quelque temps après la mort de Richelieu. Le style était adopté une fois pour toutes; ce fut, pour le nouveau sanctuaire, la coupole, — « l'inévitable coupole », selon l'expression de M. Lemonnier (1).

Le monument, dans son ensemble, est une chose considérable. Inutile d'insister : on sait assez la gloire du Val-de-Grâce, la collaboration successive des grands architectes, Mansart, Lemercier, Le Muet, enfin Le Duc; on a assez vanté la splendeur de la décoration, — François et Michel Auguier pour la sculpture, Philippe de Champagne pour la peinture, — Molière les a célébrés dans des vers qui manquent peut-être un peu d'onction, mais qui sont une gloire.

(1) Lemonnier, op. cit., page 228.

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