‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 4 sur 367 · GUETARIA, SANTANDER OU LA CO ROGNE · texte numérisé non relu

GUETARIA, SANTANDER OU LA CO ROGNE

S'emparer de Guetaria? Ce n'est pas « un fort digne emploi pour les forces navales du Roi, vu que la suite n'en sauroit être avantageuse ». Enlever Santander? « On ne voit pas, expliquait le cardinal, que la prise de Santander puisse avoir autre fin que le pillage de la ville, tous ceux qui en ont parlé ayant toujours rapporté qu'ils en estimoient la garde impossible à cause des montagnes qui la commandent, » Attaquer La Corogne? « Si pour rompre l'estacade, disait Richelieu, et tâcher de brûler les vaisseaux ennemis, il faut hasarder l'armée du Roi sans grande espérance de succès, il n'y faut point penser, vu que si la France avoit perdu les vaisseaux qu'elle a présentement, elle n'en sauroit retrouver autant dans dix ans. Mais on peut tenter toutes sortes de moyens. Je crois qu'il seroit bon de faire cinq ou six brûlots de chaloupes, afin que, n'étant pas plus hauts que les petits vaisseaux qui portent l'estacade, ils puissent aisément les brûler. Il me souvient qu'à La Rochelle, jamais Targon ne put faire une estacade de bois qui sût résister à l'effort d'un vaisseau... Si ce dessein est impossible, on estime que l'armée du Roi peut demeurer à l'ancre devant La Corogne et empêcher, tout le reste de cet été, que les vaisseaux qui sont dans ce port et les gens de guerre n'en sortent, ce qui n'apportera pas peu d'incommodités aux ennemis, qui s'affameront dans ce lieu peu fertile et qui conséquemment y éviteront difficilement de grandes maladies, et peut-être que, dans cette attente, il se présentera quelque occasion de faire quelque chose de bon qu'on ne sauroit prévoir (1). »

La flotte quitta la rade de Belle-Ile les 6 et 7 août, « en résolution d'aller pour la seconde fois à La Corogne sonder la résolution et le courage des ennemis ». Mais en mer on apprend qu'il y a, dans la rade de Saint-Oigne, près de Laredo en Biscaye, « neuf gahons d'Espagne tout prêts à mettre à la voile ». Le 13 août, la flotte est en vue de Saint-Oigne. Malheureusement des neuf gahons, il ne reste que V Amiral de Galice qui jauge plus de mille tonneaux et un navire de huit cents tonnes. Ils sont là-bas « dans un amas de sable », protégés par le fort de Saint-Oigne, que garnissent des batteries et que défendent deux mille hommes « bien retranchés »,

(1) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, tome II, pages 112-113.

n PRISE DE LAREDO

sous les ordres de Juan Reion de Silva. On va les attaquer, voici l'infanterie mise à terre avec force chaloupes, voici les bataillons formés sur le sable avec une incroyable diligence, tant par M. de Sourdis que par le comte de Tonnerre, maréchal de camp. Quatre bataillons ennemis ont fait mine de vouloir disputer la descente. Ils ne tiennent pas devant des gens qu'ils voient venir si gaillardement droit à eux. Ils fuient. Mais rien n'arrête la poursuite. Tout le monde a voulu être de l'affaire, même les abbés de Gaucourt et de Chezelles, qui, dispensés de toute rencontre par leur profession, « ont cru, raconte l'archevêque de Bordeaux, que, puisque le général étoit ecclésiastique, ceux qui ont ennui de l'être, y pouvoient aller ». « La ville même de Laredo, si l'on en croit un récit du temps, quoique fermée de murs et défendue par trois redoutes faites sur des éminences pleines d'artillerie qui en rendoient les avenues très difficiles, fut emportée de vive force par trois endroits en moins d'une demi-heure, bien que don Juan de Silva eût écrit à son maître, peu auparavant, qu'il ne craignoit point en ce lieu les forces du Roi, et qu'il eût reçu les remerciements du roi d'Espagne par une lettre qu'on a trouvée dans ses papiers. » Les fortifications furent démolies, la ville et le bourg de Saint- Oigne pillés, les Espagnols incendièrent le petit galion, mais ils ne purent empêcher V Amiral de Galice de tomber au pouvoir des troupes du Roi, qui remmenèrent ainsi que cent cinquante pièces de canon (1). Le 29 août, Richelieu, en route pour Grenoble, mandait au vainqueur : « Quant à ce qui a été pris de galions, tous les canons, munitions de guerre et agrès, en un mot ce que vous jugerez nécessaire au Roi étant réservé, vous pourrez faire partager le reste entre tous ceux qui doivent y avoir part, ce que j'estime très raisonnable (2). » Le 4 octobre, il ajoutait : « Je vous accorde bien volontiers le canon qui est rompu et que vous demandez pour grossir une des cloches de votre église de Bordeaux (3). » Car la saison était trop avancée, pour que l'on pût songer encore à La

(1) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, tome II, pages 118-126 et la note pages 118-

(2) Ibidem, page 127.

(3) Ibidem, page 132.

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