PARIS DANS SA SPLENDEUR 3G
Dans tous les temps le pamphlétaire voit court et tire bas. Qu'importe, pourvu qu'il frappe et blesse! On y va même de quelques rimes : la muse est une bonne ù tout faire.
Sur le Palais -Cardinal
Que ce superbe bâtiment
Du faîte jusqu'au fondement
Puisse tomber en décadence,
Et que le Démon infernal
Fasse, du Palais-Cardinal,
Le tombeau de Son Éminence (1).
Les plans s'exécutent, les constructions s'étendent. C'est un nouveau Paris qui- s'ébauche. La rive droite aura son tour. A partir de la porte Saint- Honoré, les jardins inaugurent tout un quartier neuf qui, par-dessus l'enceinte, s'élèvera, gagnera les pentes de Chaillot et de Monceau, même le pied de la colline de Montmartre.
Cette extraordinaire expansion, à laquelle nul n'avait songé, est bien l'œuvre du cardinal. Il nettoie et aligne Paris, comme il avait nettoyé et aligné la France sous le niveau royal. La ville est arrachée à la fétidité du Marais, aux larmes des toits et aux boues de Lutèce. Comme la rive gauche, la rive droite se met à respirer; des deux côtés la vieille crasse est purgée. Le Louvre et les Tuileries, dans leur magnificence glorieuse, mais un peu distante, sont désormais abordables, populaires, comme il convient à une monarchie moderne. C'est une autre Rome; mais c'est surtout « Paris dans sa splendeur ». Par les bâtiments les mœurs seront transformées; c'est un monde qui naît.
En dépit des pamphlétaires — et en dépit du prétendu dissentiment littéraire qui opposait les deux hommes, quelqu'un, parmi les contemporains, a parfaitement compris cela : c'est Corneille. Quel interprète!
Que l'ordre est rare et beau de ces grands bâtiments! — Paris semble, à mes yeux, un pays de romans : J'y croyois, ce matin, voir une île enchantée. Je la laissai déserte et la trouve habitée.
(l) La Vérité défendue, page 38. Voir La Vie et le Gomernement des Cardinaux Richelieu et Mazarin. A Cologne, chez P. de Marteau, 1694, page 90.