LE NOUVEAU PALAIS ET L"()RJ)RE DE LA DYNASTIE
Quelque Amphion nouveau, sans l'aide des maçons,
En superbes palais a changé ses buissons.
— Paris voit tous les jours de ces métamorphoses :
Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses.
Et l'univers entier ne peut rien voir d'égal
Aux superbes dehors du Palais-Cardinal.
Toute une ville entière avec pompe bâtie,
Semble d'un vieux fossé par miracle sortie;
Et nous fait présumer, à ses superbes toits,
Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois (I).
Et ce ne sont pas des apparences seulement. Il faut aller au fond de la pensée du cardinal. Il n'a pas considéré la maison qu'il élevait comme destinée à rester son habitation particulière. Sa résolution était prise : le palais devait appartenir à l'ordre de la dynastie : le cardinal avait prescrit que l'on construisît, en toute hâte, vers l'entrée urbaine du grand terrain qui lui appartenait, un hôtel de dimensions modestes et qui devait porter le nom d'Hôtel de Richelieu. La mort ne lui laissa pas le temps de l'élever et de l'occuper; mais cette idée était si bien la sienne qu'il prescrivit, dans son testament, que l'hôtel en question fût l'habitation de ses héritiers. On sait, d'ailleurs, que, dès le 1^^ juin 1636, — quatre ans avant sa mort, — le ministre avait fait don au Roi du Palais-Cardinal, destiné à devenir ainsi le Palais- Royal.
Il entendait que ce séjour, moins officiel en quelque sorte que le Louvre et les Tuileries, fût à la disposition du Prince, et pût devenir, le cas échéant, le logement attribué à l'héritier de la Couronne; mais à celui-ci uniquement, de telle sorte qu'il devînt une espèce d'ajout extérieur et familial à la demeure officielle du souverain.
Et c'est dans cet esprit que s'éleva la vaste construction. Nous n'avons pas à la décrire : il n'en reste pour ainsi dire rien, et ce qui a survécu en donne à peine l'idée.
En fait, un sort était jeté sur elle en raison de sa destination même; et c'est ce que les événements de l'histoire devaient prouver.
Dès le principe, une sorte d'hésitation, un scrupule frappanti veille à écarter du projet un trop grand éclat et une trop dangereuse magnificence. C'est ce que constate l'historien du Palais-Royal :
(1) Le Menteur, acte II, scène V.