L'HÉRITIER DE LA COURONNE SEULEMENT
héritiers seraient à perpétuité capitaines-concierges dudit hôtel et que ledit hôtel demeurerait à jamais inaliénable à la Couronne, sans même pouvoir être donné à aucun prince^ seigneur ou autres personnes pour y loger sa vie durante et à temps, l'intention dudit cardinal étant qu'il ne serve que pour le logement de Sa Majesté quand elle l'auroit agréable, ses successeurs, Rois de France ou Vhéritier à la Couronne seulement, et non autre. »
Le Palais construit par le ministre à l'ombre du Louvre et des Tuileries sera donc, selon qu'il l'exige, comme un complément, un arc-boutant de l'hérédité royale : « l'héritier de la Couronne et non autre; ni prince, ni seigneur, etc.. »
La pensée qui a été constamment la sienne se manifeste, une fois de plus, dans ces dispositions. Le pouvoir royal seul; ni concurrents, ni héritiers, autres que directs, pas de branches cadettes surtout. L'histoire des siècles précédents avait averti le fidèle et perspicace serviteur du Roi, et son ministère avait su ce que pèsent, dans l'ordre héréditaire, les ambitions d'un Gaston de France.
Le cardinal a donc voulu élever, sur la rive droite de la Seine, un palais, comme il avait élevé, sur la rive gauche, un sanctuaire et il entendait que ce palais fût consacré à la Royauté, comme le sanctuaire l'était à la Divinité. Si le palais a quelque chose de modeste, relativement, il y a une chose magnifique, c'est le terrain, ce sont les jardins qui seront ouverts à la popiilation urbaine et qui lui offriront, à la fois, un air pur et une sorte de vie commune avec le Prince.
Des jardins immenses livrés à la joie et au bien-être de la population, telle est la véritable raison de ces acquisitions, qui, sautant par-dessus les remparts de la ville, font craquer la ceinture du vieux Paris. Ainsi le cardinal, par une vue extraordinaire de l'avenir donne au peuple de Paris les débouchés, les commodités, l'atmosphère pure et jusqu'au parfum des bois : bois de Boulogne, plaine de Clichy, bois de Vincennes, par où la grande ville respire encore !
Voilà ce qui est grand dans la conception du Palais-Cardinal; ce n'est pas le monument, c'est la percée, c'est la rue, la très bien nommée rue de Richelieu. Telle est, après la Sorbonne, l'œuvre,