ÉTABLISSEMENT SOLIDE ET POLITIQUE
devint, assez tardivement il est vrai, sa principale préoccupation. Mais, quand la résolution fut prise, les travaux furent menés de front avec ceux du port de Brouage confiés à un seul et même architecte, Lemercier (1). Il ne s'agit donc plus seulement d'un titre fastueux, mais bien d'un établissement solide et politique à la fois. Après la duché-pairie, le château et le port, se développant ensemble, révèlent la pensée intime du cardinal; tout à la fin, et une fois la sécurité assurée, l'esprit de magnificence prit le dessus (2).
Le château dans sa forme nouvelle et vraiment royale fut commencé en 1631, il était achevé, en somme, peu de temps avant la mort du cardinal. Celui-ci écrivait à M. de Noyers le 27 septembre 1642 : « On me mande de Richelieu que Prévost n'a plus rien à faire que les travaux de la chapelle d'en bas, à quoi il ne travaille pas pour ne savoir pas quelle histoire on y veut mettre, M. de Noyers lui fera, si il lui plaît, savoir que je désire qu'il y mette la vie de la Sainte Vierge. »
Si le château, conçu et bâti dans une telle pensée, à la fois personnelle et politique, fut achevé du vivant du cardinal, celui-ci ne le vit pas.
Dans son testament privé, écrit en mai 1642, on lit cette disposition : « Mon intention est que les exécuteurs de mon testament fassent achever les fontaines et autres accommodements commencés et nécessaires pour la perfection de nos bâtiments et jardins de Richelieu... »
Sa nièce, la duchesse d'Aiguillon, reçut le château en vertu de ces mêmes dispositions testamentaires. Les Richelieu, héritiers du nom et de la duché, se les transmirent de génération en génération. Les acquéreurs de biens seigneuriaux saisirent le tout au cours de la Révolution et, plus tard, il passa aux mains d'un homme de la
(1) Voir, dans les Lettres du Cardinal de Richelieu, tome IV, page 192, les mesures prises dans la région contre l'insurrection de Gaston de France. Il est intéressant de constater, au sujet de ces précautions de sécurité, que prit le cardinal, quand il construisit Brouage, qu'au moment où il fut question de sa disgrâce dans l'affaire Cinq-.Mars, le bruit courut qu'il avait gagné cette place. Voir Variétés Historiques et Littéraires. Tome VIII, page 123.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 149.