‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 312 sur 367 · UNE « VOLONTÉ D'HOMMES USANT DE RAISON · texte numérisé non relu

UNE « VOLONTÉ D'HOMMES USANT DE RAISON

lecture du Grand Siècle, car on l'accepte : c'est la mode française!

Le pavillon central est, d'ailleurs, coiiïé d'un dôme qu'on disait inspiré par celui de Fontainebleau. Sur ce dôme enfin, s'élevait, dans un élan superbe, la statue de la Renommée, brandissant deux trompettes. Elle était l'œuvre du sculpteur Berthelot; et ce même Berthelot avait élevé, au-dessus de la porte d'entrée, la statue du roi Louis XIII en marbre, à l'antique.

Ainsi se trouvaient célébrées la gloire du serviteur et celle du maître; la pensée du cardinal s'exprimait là tout entière, planant dans l'atmosphère de ce pays de l'Ouest réuni désormais sans discontinuité. Seul Versailles pouvait, dans le Royaume et devant l'histoire, surpasser Richelieu.

Quant à la ville de Richelieu, rien de tel ne fut jamais ni rêvé, ni conçu, ni exécuté. Comment parler de cette extraordinaire création architecturale sans rappeler, d'abord, la phrase déjà citée de Descartes dans le Discours de la Méthode^ opposant à la figure des anciennes cités « ordinairement si mal composées », les plans réguliers qu'un ingénieur tracerait à sa fantaisie dans une plaine et conçus selon la volonté d'hommes usant de raison (2).

C'est la théorie même de l'architecture rationnelle, et c'est aussi l'inspiration exacte de Richelieu dictant à Lemercier, le projet d'une ville élevée dans une plaine^ selon les plans réguliers d'un ingénieur? Programme unique pour une création en quelque sorte intellectuelle (1). Descartes et Richeheu : telle s'affirme la rencontre de ces deux génies, au moment où naît, en France, l'âge classique, l'âge de la raison!

A considérer l'ensemble de l'œuvre, on y trouve combinées, selon des règles géométriques, la défense, l'habitation, la justice, la religion, la charité.

Capitale de la duché-pairie, la ville de Richelieu concentrera, en ce temps de concentration, — les moyens et les ressources d'une autorité politique à la moderne; elle aura même son port, créé en même temps qu'elle, et à sa portée, Brouage. Le tout forme un

(1) Voir ci-dessus, page 372 et Descartes, Discours de la Méthode, débufde la « seconde partie » : Principales règles de la Méthode.

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ensemble organisé et muni, pouvant servir de refuge en cas de discordes intestines ou bien encore assurer du secours en cas de conflit ou bien même permettre une libération. Tout cela est, comme on le voit, plus que seigneurial, et pour ainsi dire, royal : c'est qu'en fait le Roi le sait, le veut, l'ordonne. Les lettres patentes, signées par lui, comportent la création d'un « bourg clos », entouré de douves, d'une solide muraille (actuellement pour partie subsistante), élevée selon les principes de la fortification qui vont devenir ceux de Vauban, et qui permettraient non seulement de résister à un coup de main, mais de soutenir même un siège.

Les mêmes lettres patentes et la série des interventions royales contribuent à accroître le domaine ducal et à lui assurer, tant par sa grandeur que par sa population, à la fois richesse et stabilité. Des vassalités importantes lui sont réunies : Mirebeau, Chinon, Champigny-sur-Veude, ce merveilleux Ghampigny des Montpensier, acquis il est vrai, par voie d'échange, mais qui, en fait, est enlevé aux princes de la famille royale, et, en plus l' Ile-Bouchard, Faye-la-Vineuse, Céaux, Prinçay, Neuville, Nueil, Le Chillou, Gharnaux, Ghateauneuf, Beauregard, etc.. (1).

La correspondance de Richelieu prouve que la construction de la ville l'intéresse au plus haut point, plus peut-être que celle du château. Quelques traits suffiront. A partir de juin 1632, il suit le détail de la construction avec une vigilance minutieuse et il écrit à Sourdis de ne pas manquer de lui mander, articles par articles, tout ce qui se fera (2).

La connexité du travail à Richelieu et à B rouage est bien établie, en juillet 1632, par cette autre lettre : « Je suis bien aise que vous ayez mené M. Mercier à Brouage, tant pour ma maison que pour

(1) Voir rénumération dans Bossebeuf, op. cit., pages 269-271. Et compléter pour les adjonctions postérieures, par l'étude de M. P. Raveaux, Un détail inédit de la construction de la ville de Richelieu, dans Société des antiquaires de l'Ouest, année 1919, page 260.

(2) Voir Bossebeuf, Création et organisation de la ville, duché, etc. Op. cit., page 267. Pour les contrats d'entreprise passés par le cardinal avec Jean Bartel, qui prend le titre d'« entrepreneur du pavillon et bâtiments de Richelieu» et qui est qualifié par la suite « architecte du Roi » voir l'étude déjà citée de M. Raveau dans le Bulletin des Antiquaires de VOucst, 1919, page 262. On trouvera aussi, dans cette étude, de curieux détails sur les plans et les devis des pavillons, sur leurs propriétaires, sur le rôle de Lopez chargé des paiements au noni du cardinal, etc..

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