LA DESCRIPTION DES « VISIONNAIRES
tout ce que vous me mandez. Il faudra bâtir, l'été qui vient, la maison dont vous pouvez dès cette heure faire marché avec Tiriot (l'entrepreneur), par l'avis dudit sieur Mercier. » En août 1633, Sourdis donne ces précisions au sujet de la ville : « Les maisons des grandes rues sont merveilleusement avancées. C'est la plus belle chose du monde à voir... » Et Richelieu écrit en réponse : « Je suis bien aise que la ville s'avance. « Il fait, bien entendu, tous les sacrifices nécessaires surtout en ce qui concerne l'organisation de l'autorité royale; tous les édifices publics sont à sa charge, l'église, le tribunal, les écoles, les hôpitaux.
Une idée lui est venue : c'est de mettre en demeure tout son entourage, ses familiers, ses protégés, tout ce qui recourt à son pouvoir, d'élever une maison à Richelieu et de la faire bâtir sans nul délai sur un terrain livré sous condition d'urgence. Ainsi sera créée rapidement la « Grande Rue », telle qu'on la voit encore : magnifique cénotaphe, aujourd'hui vide, s'étant dépeuplé le jour même de la mort de l'impérieux bâtisseur (1).
En 1638, deux mille ouvriers commandés par Thiriot (qui se qualifie architecte-ingénieur, c'est justement l'ingénieur que Descartes appelait de ses vœux), travaillent à plein. La ville a pris sa figure en quelque sorte administrative et « rationnelle ».
Desmarets peut en faire, dans ses Visionnaires, une description pompeuse, qui flatte assurément l'orgueil de l'homme, — lui-même grand « visionnaire ».
Quand du riche escalier que l'étranger admire Aux deux larges rampants de marbre et de porphyre, J'entre en la vaste cour où, tournant mes regards, J'aperçois dans les murs des dieux de toutes parts, Je crois d'un œil ravi voir, dans Rome l'antique, Ce Panthéon pompeux, ce temple magnifique, Ou que, du Grand Armand le charme industrieux, Le transporta du Tibre entier jusqu'en ces lieux (1).
Le Panthéon, « La Rotonde », le voilà enfin à sa place moderne, à Richelieu!
(1) Les Promenades de Richelieu ou If s Vertus chrétiennes, dédiées à Madame la Duchesse de Richelieu, par J. Desmarets. Chez Sanry Le Gras, 1653, page 22.