‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 314 sur 367 · U L'OPINION DE LA FONTAINE · texte numérisé non relu

U L'OPINION DE LA FONTAINE

Mais comment résister à la tentation de citer ici les délicieux vers de La Fontaine, qui visita le château et la ville en 1663 et qui en écrivit à sa femme :

Enfin elle est, à mon avis,

Mal située et bien bâtie,

On en a fait tous les logis

D'une semblable symétrie.

Ce sont des bâtiments fort hauts;

Leur aspect vous plairait sans faute ;

Les dedans ont quelques défauts :

Le plus grand c'est qu'ils manquent d'hôtes.

La plupart sont inhabités,

Je ne vis personne en la rue.

Il m'en déplaît; j'aime aux cités

Un peu de bruit et d-e cohue.

La ville et le château étaient vides le plus souvent en effet. Il faut tenir compte cependant d'une certaine vie anecdotique qui les animait, de temps à autre, par exemple quand Madame de Gombalet, la future duchesse d'Aiguillon, y recevait l'hôtel de Rambouillet et le groupe de Julie d'Angennes (1).

Si le bâtisseur, Richelieu, n'a pas considéré son œuvre comme achevée, pas plus à Richelieu que dans le Royaume, c'est qu'il voit plus haut que les admirateurs et les visiteurs. Sa pensée prévoyante et sa vigilance soucieuse prolongent une inquiétude inlassable, qui s'emploiera à l'amélioration future des mœurs, des relations sociales. Le sort du peuple, l'éducation populaire, le soulagement des misères générales et particulières ne cessent de le préoccuper.

(1) Lire, à ce sujet, les pages intéressantes de M. Magne, dans son livre Voiture et l'Hôtel de Rambouillet. Il fait usage de la correspondance de Voiture, qui figurait parmi les invités, des documents provenant de Conrart, actuellement à l'Arsenal et, peut-être un peu trop, des propos libertins et satiriques, les vaudevilles, les chansons, etc. Mais cela permet de juger, précisément, l'effet qu'un tel désordre de la société élégante et intellectuelle (les relations de ce beau monde avec les Louison, les filles de Tours et de Blois, l'entourage de Gaston de France, etc.), pouvait produire sur l'esprit grave du cardinal de Richelieu. On comprend aussi les suites que de telles mœurs pouvaient avoir sur les directions de sa politique intérieure et extérieure, ce Gaston de France et son parti se trouvant entraînés vers l'Espagne par le mariage de Lorraine et groupant toutes les forces de désordre contre la volonté royale et contre l'autorité du cardinal. Voir cidessus le chapitre Richelieu et les Lettres, et la correction du désordre dans les lettres par la fondation de l'Académie française, pages 249-310.

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