UNE « ACADÉMIE
donne encore la somme de soixante mille livres, à la charge d'employer ladite somme de soixante mille livres en achat d'héritages pour être de même nature que les autres biens de leur fondation (1). »
Ces missions, outre leur fonction religieuse, avaient pour principal devoir envers la population de lui donner une instruction, surtout pratique et morale. A des Filles de Notre-Dame de Bordeaux, ordre fondé par M^^ de Lestonac, nièce de Montaigne, était confiée l'éducation des enfants du sexe féminin sous la surveillance de M. Vincent. Quant aux garçons, dans leurs écoles dirigées également par la Mission, on leur apprenait, outre la lecture, l'écriture et le calcul, les éléments de la géographie, de l'histoire, etc.. On a constaté que cet enseignement, établi à Richelieu par le cardinal, éduquait une moyenne de 58 à 60 % de la population urbaine.
Dans cette ville qui était pour lui une Salente, le ministre fonda (24 septembre 1640) une « Académie », — comme celle qu'il venait de fonder à Paris ; — et, à cette académie, à cette élite de quelques lettrés, il confiait le soin de développer et de défendre « l'excellence de la langue française ».
Notre grand cardinal admettait l'étude appliquée aux lettres pour quelques-uns; mais il craignait l'épidémie du pédantisme et de l'esprit de chicane. Il admettait une certaine organisation littéraire pour les dévoués de l'intelligence, mais non, dans une infinité de collèges, une profession de bavards, corrupteurs du bon sens national.
Après sa mort, son Académie, comme sa ville, se vida; la vanité du bourgeois se précipita dans les collèges; elle dédaigna les « arts mécaniques », vers lesquels Richelieu eût voulu la porter. Elle raisonna et déraisonna surabondamment en plein siècle de la raison. Richelieu, comme Descartes, avait trop compté sur l'autorité de la mesure et du bon sens.
(1) Testament de Richelieu dans Aubery, Histoire du Cardinal Duc de Richelieu. Édition EIzévirienne, tome II, page 470 et, pour l'instruction, pages 319 et suivantes.