MILLE ANS N'ONT DONC PAS SCULPTÉ
été précisées par M. de Boislisle, établissent comme un fait indiscutable que Richelieu achetait, — sauf quelques beaux morceaux de la Renaissance italienne, — avant tout, des « antiques ».
Quel regret de ne pouvoir donner une reproduction de l'album en son entier! La liste de quelques morceaux, rapprochée de la lecture des inventaires, éclairerait tant de problèmes historiques et artistiques.
Voici d'abord, les personnages de l'histoire romaine : voici Auguste; voici Tibère; voici Galigula un rouleau à la main; voici Marc-Aurèle vêtu de la toge; Caracalla levant le bâton de commandement; voici un Marins méditatif, œuvre d'une qualité insigne; voici César, voici Brutus. Maintenant, les femmes : Domitia, Servilia, Plotilla, Faustina, figures intéressantes, mais de si peu d'âme! Et voici le vaste Olympe des Dieux : un Bacchus avec la grappe de raisins; un Mars casqué, un Apollon tenant la lyre, un Mercure, la bourse à la main, un autre Apollon appuyé sur le rameau où grimpe une salamandre; une Vestale énigmatique, une Cérès serrant sous le bras la gerbe des moissons; une Pomone portant la corne d'abondance; une Cléopâtre dont l'aspic mord le doigt. Ajoutons un ensemble de bustes, de vases, de reliefs, de têtes de Méduse, de médaillons et, couronnant le tout, la figure de Rome « dans sa splendeur ».
Eh bien! dans ce précieux rendez-vous de la représentation humaine et divine, tout est à la Grèce ou à Rome; rien que le paganisme; aucun morceau de l'inspiration nationale et chrétienne!
Mille ans n'ont donc pas sculpté? Le cardinal n'a donc pas vu la Vierge dorée d'Amiens, lui qui avait fait, de cette ville, son quartier général au cours de l'année de Corbie? Il n'a donc pas vu le Sourire de Reims. Il n'a donc pas vu les vierges sages et folles du portail de Chartres? Pas davantage les prophètes du Puits de Moïse » ni les pietà, ni les mises au tombeau d'Avignon, de Bar-le-Duc, etc. En un mot, tout ce qui emplissait d'une émotion sacrée les églises où il priait (1)?
(1) On sait que les deux Captifs de Michel-Ange, qui viennent des collections du cardinal et qui sont au Louvre, lui avaient été légués par une volonté suprême du duc de Montmorencv.