‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 322 sur 367 · DEMI-SOMMEIL DE LA SCI LPTLRE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DEMI-SOMMEIL DE LA SCI LPTLRE FRANÇAISE

Tels sont les caprices de la mode, tel l'arbitraire du nouveau, qui, en se cherchant lui-même, brise tout ce qu'il entend remplacer! Nous le savons assez!

Pour ne pas sortir de notre sujet, le classique c'est, surtout, l'horreur du « gothique »; et nous devons reconnaître que l'origine d'une si pénible méconnaissance du génie français remonte en partie à ce grand Français, Richelieu. La rareté, à ses yeux, surmontait tout, même la piété, la piété filiale, la piété nationale et divine. On sait aussi les suites funestes que cette erreur eut sur les richesses accumulées par l'art français.

Nul doute, en plus, que le mépris de la tradition nationale n'ait été pour quelque chose dans la médiocrité relative de la sculpture française au cours de la première moitié du xvii^ siècle, « Époque de transition et d'incertitude », a-t-on dit (1). En effet, la sculpture française, en tous temps si féconde, si ingénieuse, si résolue, si glorieuse, fut comme frappée alors d'un demi-sommeil, elle dormit, comme parfois le bon Homère.

Richelieu s'en occupait pourtant avec ardeur. Il l'employait, la stimulait, multipliait les commandes personnelles et officielles. Un certain excès, une certaine emphase ne lui eût pas déplu. Mais justement, cet appel au luxe un peu doré accablait, en quelque sorte, la rusticité de nos Gaulois. Les Italiens étaient là pour s'en gausser : marchands de gentillesses et de contrefaçons, ils encombraient le marché de leur concurrence.

On peut citer quelques noms d'artistes français qui, malgré tout, se distinguèrent, Pierre Biard, qui triomphe s'il est l'auteur de la Renommée de bronze du Louvre, Berthelot, Guillain, Warin, Sarrazin, les Anguier. Richelieu les employa; mais ce ne sont pas des princes!

Il faut attendre que nos hommes aient, en quelque sorte, digéré « l'antique » pour retrouver, avec Puget, Goysevox, Girardon, et tant d'autres, le sentiment, la vigueur, le sans-façon, l'aisance, l'originalité de la vieille tradition française.

(1) Louis Gonse, Histoire de lu Sculpture française. Édition in-folio, page 155.

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