‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 327 sur 367 · FRANÇAIS A ROME · texte numérisé non relu

FRANÇAIS A ROME

aux fabliaux, aux sotties, aux contes populaires qui se colportaient de bouche en bouche : on les verra même au xyii^ siècle se maintenir dans les salons des précieuses avec Voiture, Colletet, Boisrobert et notre grand La Fontaine (1). »

La grandeur du Poussin.

Poussin est le contemporain de Rubens. Il travaillait, avec lui au Luxembourg pour Marie de Médicis. Or, n'étant pas un Flamand, il ne prend aucune des libertés que s'accorde le peintre, favori de la Reine. « Romain », il reste français.

Il a toujours gardé certains traits caractéristiques, évoquant, — même dans la période dite « romaine », — la permanence de sa nature originelle et les impressions qu'avaient laissées en lui les images de sa Normandie d'origine (2). Parmi les raisons qui l'ont conduit et maintenu à Rome, il conviendrait de distinguer celles qui se réfèrent aux conditions de l'existence et celles qui sont en rapport avec son art et son œuvre. Assurément Rome l'attire, comme elle attire la plus grande quantité des artistes contemporains, par la splendeur de son passé antique et de la Renaissance chrétienne. Là, il peut étudier, réfléchir, mesurer, observer; mais en fait, s'il copie, il copie peu, il regarde et il pense. Parmi les maîtres contemporains, il défend avec vigueur l'énergique Dominiquin; mais il ne se laisse séduire en rien par les habiletés des autres artistes en renom : en tant que pensée et technique, il a son quant à soi nettement affirmé.

(1) Sur les libertés prises par les prérublniens, lire des pages excellentes de M. Eugène Baie dans son beau livre, Le Siècle des Gueux, tome III. 11 observe avec raison qu'il faut tenir compte aussi de la Réforme : « Ce que les Flamands eussent le moins compris, c'est, l'emprise que la leçon (c'est-à-dire l'esprit académique) eut sur le goût français à la fin du xvi" siècle. L'orthodoxie en art était leur moindre souci. La dissidence spirituelle faisait fureur en Flandre. Il n'était point d'artiste que la Réforme n'eût touché en quelque manière... Le fétichisme de la forme idéale épuisa tôt l'admiration des élites... » et cet auteur cite cette phrase de Van Mander sur Breughel l'Ancien : «Le bonheur de Breughel était de saisir sur le vif les mœurs agrestes, les ripailles, les danses, les amours champêtres qu'il exultait à traduire par le pinceau (page 314). » Les frères Le Nain vont paraître non sans la mesure et la finesse du goût français!

(2) Voir le livre si plein d'intérêt consacré par M. Hourticq à la jeunesse de Poussin.

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