LA CLARTÉ FRANÇAISE
S'il s'installe à Rome, c'est qu'il y a trouvé un climat favorable à sa médiocre santé, qu'il y a acheté une « petite maison o, adaptée à ses besoins et à ses goûts, qu'il a trouvé là des amis qui l'aident et lui procurent des commandes même officielles, qu'il s'y est marié, — dans une famille française, mais qui y demeure, — à une femme qu'il aime et qui lui a donné des enfants nés à Rome. Là, selon son expression, « loin des embarras de la Cour », il jouit d'une demi-solitude, d'une tranquillité, qui lui laissent le temps de mûrir lentement et longtemps des travaux où la pensée domine. Tout cela résulte de la lecture de sa correspondance.
La vie d'un artiste est une chose, son inspiration, sa création, une autre cho^e. Il convient d'interroger directement un artiste d'une si haute volée pour apprendre, de lui, quelle était sa nature, sa formation, sa direction réfléchie et voulue. Laissons donc parler ce contemplateur de lui-même : « Mon naturel est contraint de chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m'est aussi contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres (lettre du 7 avril 1642). »
La voilà bien cette clarté française! Et on découvre, dans cet esprit si extraordinairement muni, une faculté d'abstraction qui se retrouvera en son œuvre et que nous surprenons dans cette page difficile, recueillie au hasard de ses notes : « De Vidée de la beauté. L'idée de la beauté ne descend dans une matière qu'autant qu'elle est aussi bien préparée que possible. Cette préparation consiste en trois choses, l'ordre, le mode et l'apparence ou la forme. L'ordre signifie l'intervalle des parties; le mode se rapporte à la quantité; la forme consiste dans les lignes et dans les couleurs. Il ne suffit plus de l'ordre et de l'intervalle des parties; il ne suffit plus que les membres du corps aient chacun leur position naturelle, si l'on n'y ajoute pas le mode qui donne à chaque membre sa grandeur voulue proportionnée à celle du corps, et l'apparence, afin que les lignes soient tracées avec grâce, et la lumière et l'ombre rapprochées par une douce harmonie. »
En vérité le peintre est un cartésien. Cette main est un cerveau. Comme c'est encore français cela!