‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 330 sur 367 · L'ART DU POUSSIN :VJ · texte numérisé non relu

L'ART DU POUSSIN :VJ

y a de la perfection, ne se doivent pas voir à la hâte, mais avec temps, jugement et intelligence, il faut user des mêmes moyens à les bien juger comme à les bien faire. Les belles filles que vous avez vues à Nîmes, ne vous auront, je m'assure, pas moins délecté Vesprit par la vue que les belles colonnes de la Maison Carrée, vu que celles-ci ne sont que de vieilles copies de celles-là (1). »

Tous ces traits, par leur harmonie variée, nous aident à démêler quelque chose de ce mystère, l'inspiration de l'artiste. Et maintenant, c'est l'étude attentive de l'œuvre qui va nous permettre de préciser.

Ce qui caractérise éminemment l'art de Poussin, c'est l'intensité dans l'expression du sentiment humain, la magnificence de la pensée dans l'ordonnance des paysages, et enfin une supériorité inégalable quand cette poésie du sentiment se rapproche de cette poésie de la nature en une seule et même image.

U expression du sentiment : le peintre en fait son souci constant inlassable, sa recherche ardente, sa réalisation toujours juste jamais hésitante ou forcée, soit qu'il s'agisse de scènes antiques ou modernes, soit qu'il s'agisse de scènes religieuses ou civiles. Il applique avec rigueur les prescriptions du concile de Trente; mais il s'arrache au péril de la banalité qui deviendra la plaie académique. Regardons : V Enlèvement des Sabines, le Maître des Falisques, la Manne, la Plaie des Philistins, V Arche d'Alliance dans le peuple de Dagon, Rébecca et Eliézer ; et enfin la multiplicité des sentiments humains exprimés en ces pages incomparables : Les Sept Sacrements.

Arrêtons-nous devant le sacrement de la Pénitence : cette question de la repentance et de la grâce a troublé le cœur du siècle, en raison de la demi-réforme tentée par le jansénisme. Comment ce problème théologique abstrait, le tourment des âmes pécheresses et leur apaisement par le pardon, a-t-il été traduit par la peinture? Il l'est indubitablement sur les divers visages de cette assemblée groupée autour du Christ; et, en même temps, la scène

(1) Le même rapprochement fut fait, un jour, devant nous, par Rodin. Il comparait les colonnes parfaites à des jambes de femme. Avait-il lu ce passage des Lettres du Poussin?

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