LE MAITRE DE PALESTRINA
L'Église chrétienne, qui avait décrété l'unité « catholique » des âmes, les élevait à une aspiration, à une exaltation communes vers Dieu par les chants sacrés où l'appel de l'orgue créait la plénitude de l'harmonie entre les fidèles. Les raffinements les plus variés et les plus délicats sollicitaient le génie dés maîtres de chapelle et de leurs disciples.
En dehors des sanctuaires, les trouvères, les troubadours, la plupart nomades, offraient aux foules la joie et l'amusement de leurs refrains, dont, au-dessus des siècles, l'écho se prolonge jusqu'à nous.
(c Les chansons populaires elles-mêmes avaient si bien marqué leur rythme dans les âmes que la liturgie avait bonnement recueilli leurs accents. Union piquante, en vérité, et qui est comme un symbole de la concorde évangélique. Il y avait des messes, désignées par le titre de telle ou telle chanson que tout le monde répétait comme notre Marlborough ou notre Madelon. Cette mojde singulière se prolongea jusqu'à la fin du xvi^ siècle (1). »
La richesse musicale de la France à partir du moyen âge ne résulte-t-elle pas de cette constatation que le fondateur d'une des écoles les plus en vogue, à Rome, vers le miheu du xvi^ siècle, fut un Français, Claude Goudinel, qui compta, parmi ses élèves, le plus grand de tous les maîtres italiens, Palestrina?
Un nom résumerait tout le débat en ce qui concerne la France, celui de Claude Jeannaquin, l'auteur de la Bataille de Marignan, ce chef-d'œuvre immortel. Mais il convient d'y joindre un fait on a vu plus haut que dès 1570, Charles IX accordait au poète musicien J. A, Baïf et au musicien Courville le privilège d'une Académie de poésie et de musique, qui reçut le nom d'Académie française (2). Nos poètes se glorifiaient de l'honneur, que réclamait Ronsard, d'être un « chanteur ».
Donc, une double tradition musicale solUcitait d'avance le goût de Richelieu : la musique d'église et la musique profane. Son éducation avait été, comme nous l'avons dit, celle d'un gentilhomme : or la musique était une partie essentielle de tout enseignement donné à la noblesse : « Dans le manuel classique de philosophie et
(1) Lavoix fils, La Musique Française, page 66.
(2) Voir page 129.