LOUIS XIII ET LE BALLET DE LA MERLAISON
Verdier, Belleville, Duraanoir, Le Bailly, Baschet, d'Assoucy. On doit à ce dernier la musique de V Andromède de Corneille. Il faut nommer encore, parmi ces méconnus de l'art, le roi Louis XIII, lui-même, auteur de la musique du ballet de la Merlaison.
Quelle trépidation intense anima ces représentations où figuraient les plus hauts personnages de la Cour autour du Roi, de la Reine, de Monsieur! Le tout est évoqué avec les chants, les rythmes, les gestes et les pas de pied, par ces vers du Ballet de la Reine, représenté en 1617.
Allez, courez, cherchez de toutes parts ! Allons, courons, cherchons de toutes parts! Ce superbe Renault, le fier vainqueur de Mars, Dont le cœur généreux en un lointain séjour, Par l'effort d'un bel œil, Est esclave d'amour (1).
Benserade s'y multipliait avec son ami Paillaud en attendant Lulli et Quinault!
Richelieu montait en personne la plus luxueuse de toutes ces représentations et il y dépensait des sommes énormes; il invitait les évêques, les abbés, même jansénistes. C'eût été un blâme et une défaveur de ne pas y assister.
Les auteurs préférés étaient du Buisson (2), Le Bailly, Nicolas de Formé, Le Fresne, Robert, de Saint-Martin, Cambefort, Hébert, qui mit en musique les hymnes notées de Santeuil, surtout Pierre Perrin, auteur d'une comédie musicale. On retrouve ce dernier sous Louis XIV. Il obtint, en 1669, les lettres patentes du Roi pour établir dans tout le Royaume des académies d'opéra en langue française, sur le pied de celle d'Italie et il aurait cédé son privilège à Lulli (3).
Et il convient de nommer aussi les vedettes parmi les instrumentistes et les voix; car, dès ce temps, l'exécution primait même la
(1) Lavoix fils, Musique française, pages 84-85.
(2) Voir l'Historiette de Tallemant sur M^o de Champré, lors du fameux et scandaleux voyage de Noyon. Édition Paulin, Paris, tome V, page 106 et Deloche, op. cit., page 250.
(3) Voir Œuvres choisies de Qulnault-Crdpelet, 1 82 'i, 2 vol. in-8°, tome I, page xxiv et pages xli-xlv.
« SOLUS GALLUS GANTAT » 413
création; un Mondory lançait un Corneille! Voici ce Maugars, cité tout à l'heure, et puis Gauthier, Dalihay, Camber. Un texte, qui n'a pas été relevé jusqu'ici, nous apporte au sujet de la générosité de Richelieu à l'égard des musiciens une précision qui n'est pas sans intérêt : Du Bois, sieur du Poirier, premier valet de chambre de Louis XIII et plus tard de Louis XIV, écrit dans ses Mémoires : « La seconde fois que je fus de garde, qui étoit le vendredi des Rameaux (précédant le dimanche des Rameaux 4 avril 1664), le Roi (Louis XIV) me fit l'honneur de me demander quel motet passoit pour le meilleur du temps du défunt Roi; je lui dis que c'étoit Nonne Deo subjecta erit anima mea a Domino? Il me demanda qui l'avoit fait; je lui dis que c'étoit le bonhomme Formé (maître de la Chapelle de Henri IV et de Louis XIII) et, pour marque que c'étoit le meilleur, que feu M. le Cardinal de Richelieu le voulut entendre, que la musique du feu Roi vint à Paris de Saint-Germain et qu'elle lui fit entendre par deux fois dans sa chapelle du Palais- Royal et que j'eus l'honneur d'être de la musique et d'un magnifique dîner qu'il avait fait apprêter aux Dewo: Faisans; mais que je n'avois pas été de la distribution de deniers. » — Comment^ me dit le Roi, il leur donna de V argent? — Oui^ Sire, il leur donna dix mille livres. — De son argent? dit le Roi. — Non, Sire, de celui du Roi par un acquit patent. — Cela étoit bien aisé dans ce temps-là; mais à présent cela ne se fait plus, dit le Roi (1). »
Il faut insister maintenant, sur ces deux artistes, Nyert et Lambert, qui nous font pénétrer pour la première fois jusqu'à l'influence personnelle musicale de Richelieu. Car il se trouve qu'autour de ces deux hommes, la musique française évolue décidément et prend une direction définitive par une heureuse intervention matrimoniale du ministre.
Pour bien expliquer cet incident qui n'a pas été signalé jusqu'ici, il y a lieu de relever le propos de cet Italien musicien qui, selon le témoignage de Saint-Évremond, allait disant : « Solus Gallus cantat; Seul le Français chante (le coq gaulois seul sait chanter).» Et Saint-Évremond ajoute : « Luigi ne pouvoit souffrir que les Ita-
(1) Mémoires de Marie du Bois, sieur de Lesiourmière et du Poirier, page 368.