‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 344 sur 367 · RICHELIEU JOUEUR DE LUTH ET LOUIS XIII MÉLOMANE · texte numérisé non relu

RICHELIEU JOUEUR DE LUTH ET LOUIS XIII MÉLOMANE

On parlait beaucoup d'une M^e de Saint-Thomas « de réputation équivoque, à laquelle le cardinal faisait une pension de huit cents écus et qu'il mettait en crédit par sa faveur (1) ». Un peu plus tard la reine Anne d'Autriche accueille l'une de ces déesses du théâtre qui affolent une génération (2), « l'inimitable » Léonora Baroni, celle que Milton a célébrée, celle qu'on proclamait une des merveilles du monde, celle que le pape Clément appelait une douce sirène et dont tous les poètes de l'époque faisaient une divinité (2), Elle ne plut pas à tout le monde; mais la Reine la combla de présents; elle en fit autant, d'ailleurs, pour le jeune castrat Atto Melani, qui arriva à Paris un peu plus tard.

La passion de Richelieu pour la musique était connue et appréciée. 11 avait pris lui-même des leçons de luth du temps de l'autre régente, Marie de Médicis. Tallemant l'assure et Mathieu de Morgues, qui n'en manque pas une, nous dit à propos de la chute de La Rochelle : « Les accords de sa voix et de son luth ont charmé les tigres et ses enchantements endormi les dragons (3). »

Le cardinal avait, — nous l'avons dit et il convient d'y insister, — un exemple et un maître : le Roi lui-même. Si l'on voulait découvrir la vraie note musicale du temps (dans tous les sens du mot) c'est un livre sur Louis XIII mélomane et musicien qu'il faudrait écrire. Héroard raconte que, dès l'âge de trois ans, il avait près de lui pour l'endormir, sur l'ordre de sa mère Marie de Médicis, Boileau, son « violon », joueur de mandore et François d'Hindret, d'Orléans, son joueur de luth. Sa distraction, son plaisir, son refuge, à ce Roi si sage, était la musique. Il pensionnait largement Lambert et composait avec lui; dans la crise de M^^ de Hautefort, la musique, qui avait été la grande instigatrice, fut la grande consolatrice. Le Roi battait la mesure dans un concert dont les instrumentistes étaient Mortemart, le maréchal de Schomberg et autres grands personnages de la Cour. Si nous voulons entendre les airs qui,

(1) Variétés historiques et littéraires, tome VIII, page 121. Lettre de M. de Vincuil à M. d'Huniières. Voir aussi Tallemant, Historiette de L'Étoile et Saint-Thomas.

(2) Reynaldo Hahn. La société au temps de Louis XIV. Lulli, musicien du Roi; dans Conférencia, n° du 15 septembre 1938, page 353.

(3) Vrais et bons avis de François fidèle, cité par Dolocho, La Maison du Cardinal de Richelieu, page 345.

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