‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 345 sur 367 · LE « DE PROFUNDIS » DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LE « DE PROFUNDIS » DE LOUIS XIII

transposés selon la méthode française, firent goûter, en France, la musique nouvelle et furent comme le prélude de ce magnifique élan dramatique dû bientôt à Mazarin, nous en avons qui furent composés par Louis XIII lui-môme et qui subsistent. Ce sont, outre les Psaumes de David^ paraphrasés par Godeau, une chanson à quatre voix dont le Roi fit également la musique. Tu crois, ô beau soleil! A son lit de mort, il se faisait chanter ses psaumes par Nyert, Cambefort et Saint-Martin et il mêlait sa voix aux leurs. Il venait de composer un De profundis, qui fut chanté dans sa chambre dès qu'il eut expiré. A peine le deuil royal avait-il pris fin que l'on représenta à la Cour la fameuse Feinte folle, la Finta Pazza. Le véritable chant bel- caiito, était né en France, le chant du soliste « permettant à un individu de révéler son être intérieur, d'exprimer en musique ses pensées, ses émotions au lieu de n'être qu'un des éléments perdus dans les ensembles. Ces ensembles, Carmini, l'un des plus actifs parmi les novateurs, les appelle « une musique enchevêtrée qui gâte et détruit le sens des mots, qui ne procure à l'oreille que le plaisir d'une harmonie agréable, l'esprit ne pouvant être frappé sans une parfaite intelligence des paroles ».

Une fois encore, c'est la clarté française qui triomphe. Ainsi naît la musique moderne, la musique française. Le premier opéra va suivre. Mais ici ce n'est plus Richelieu, c'est Mazarin qui sera le grand patron.

Le château de RueiL

Une perpétuelle agitation pour atteindre un but qui recule sans cesse, un désir passionné d'achever promptement une œuvre illimitée, tel est l'un des caractères les plus frappants de cette carrière maîtresse, qui devait être si courte. Or le cardinal, dans son infatigable épuisement, ne cessait de multiplier ses tâches, il avait toujours quelque chose à faire d'immédiat, d'urgent, de difficile, d'écrasant.

Où trouver le temps de la conception, de la méditation, de la préparation, de l'exécution? Et au cours de la réalisation, où trouver les heures de l'indispensable repos?

•118 LAlil 1)1:: LA CAMPAGNE INDISPENSABLE

Toute sa vie, le cardinal chercha le lieu, le séjour, la maison, où il réfugierait son inquiétude, son activité.

Nous l'avons vu, après qu'il eut quitté Luçon et Coussay, s'installer à Paris, rue des Mauvaises Paroles; puis nous le trouvons à Paris encore, sur la place Royale; soudain, il saute par-dessus Paris, pour gagner les colHnes de Chaillot; le voilà qui rentre dans Paris et accepte le Petit-Luxembourg des mains de Marie de Médicis. Bientôt, pour se rapprocher du Roi, il achète l'hôtel de Rambouillet et les terrains sur lesquels il construira le Palais-Cardinal et il se consacre à ce bâtiment, comme si c'était, cette fois, sa demeure définitive; mais non, il bâtit, à la porte, un petit « hôtel de Richelieu », hôtel qu'il n'habitera d'ailleurs pas.

En même temps, il multiplie des établissements; plus ou moins temporaires, en province : à Limours, à Gourance, à Fleury-en- Bière. Inutile d'insister sur ces divers domiciles où il ne fit que passer, son impatience et son faste n'y trouvant jamais une durable satisfaction. Il avait acheté Limours en 1623 à Louis Hurault, comte de Limours, fils du chancelier de Cheverny, et, dès son premier séjour, après l'avoir fait restaurer par Salomon de Gaus, il écrivait « qu'il avoit fait cette folie en raison de sa santé et que la maison étoit fort gaie au beau temps », ce qui n'indique pas qu'elle fût gaie en temps ordinaire.

Il ne tarda pas à revendre cette propriété maussade au duc d'Orléans, après y avoir dépensé d'assez fortes sommes, mais non sans un sérieux bénéfice. Il avait, dès lors, rêvé d'une installation, mais à Paris, avec le double avantage de l'air pur et de la proximité du séjour royal.

Mais, décidément, le séjour continu de Paris l'accable. L'âge vient; la santé achève de se ruiner; l'air de la campagne est indispensable. Et puis ce Français, ce grand Français aime la terre, la terre de France. Il goûte à fond, sa beauté, sa fertilité, son entretien. Vivre sa vie, posséder et arrondir un domaine, et le faire fleurir, il ne pense qu'à cela. La France est un verger, un jardin, une vigne, une ferme. Gomment donc serait digne de traiter des aiïaires françaises un homme qui n'aurait jamais produit et vendu, lui-même, une barrique de vin, un boisseau de blé, une corde de

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