‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 346 sur 367 · NON LOIN DE PARIS · texte numérisé non relu

NON LOIN DE PARIS

bois(i)? Donc, un domicile rural, non loin de Paris^ tel sera le rêve final de ce grand tourmenté.

En raison des moyens de communication de ce temps, le cheval ou la voiture, à une distance qui ne doit pas être de plus de quelques lieues.

Le Roi est à Saint-Germain, voilà ce qui va décider du choix définitif. La Grande Mademoiselle écrit en 1638 : « L'on me fit passer par Rueil pour voir le cardinal, qui y faisoit sa demeure ordinaire, quand le Roi étoit à Saint-Germain. »

Rueil est à trois lieues de Paris ; le domaine, d'étendue convenable, avait une maison de plaisance bien disposée par le financier Moysset, dit Montauban. Moysset enrichi sous la régence de Marie de Médicis, était un de ces hommes auxquels le monde de la Cour avait affaire comme prêteur et conseiller expérimenté : on allait chez lui; on le recevait. Sa maison était donc connue. Il mourut, laissant Rueil à un héritier nommé Payen. Richelieu avait déjà des vues sur Rueil; on y signale sa présence dès 1621. Marie de Médicis y avait séjourné en 1624; de nouveau le cardinal y vient en 1630, en 1631, en 1632, etc. Enfin il se décide. Payen a des affaires embarrassées; on en profite et on traite « pour le château et maison seigneuriale de Rueil en Parisis », au prix de cent quarante-sept mille livres en août 1633. Le nouveau propriétaire s'arrangera bientôt avec l'abbaye de Saint-Denis pour un large élargissement du domaine. La dépense totale atteindra, par la suite, sept cent soixante-douze mille livres.

Rueil fut, pour Richelieu, la fantaisie finale, « son caprice. » La folie Moysset autorisait la folie Richelieu. Là il pouvait s'amuser, se distraire, se complaire à tout ce qu'il aimait, les eaux, les bois, la verdure, les fleurs et les fruits. Joies simples et comprises de tous en ce temps où la vie était surtout rurale, on peut dire rustique, même pour les plus grands.

(1) Richelieu fit planter à Rueil des ceps de vin de muscat de Frontignan qu'il avait apprécié au cours de la campagne du Languedoc.

(2) Voir Cramail, Le Château de Ruel et ses jardins, pages 10 et 54. Ce Moysset avait été mêlé, sous la régencb de Marie de Médicis, aux intrigues du prince de Condéet Richelieu dit dans ses Maximes d'État, qu'il avait mérité la corde. Il passa même en justice; mais on étouffa l'aiïaire. Voir Maximes d'État, publiées par Gabriel Ilanotaux, N° XLV, page 758, note.

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