‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 348 sur 367 · UN MAGNIFIQUE CAPRICE · texte numérisé non relu

UN MAGNIFIQUE CAPRICE

d'une de ses plus fécondes activités. Car ces laborieux sont sans pareils pour savoir traiter leur repos à la cravache.

D'abord, le domaine de Rueil, en tant que domaine, devint une des affaires de sa vie. Sa passion fut de le développer, de l'embellir, de le rêver toujours plus beau, toujours plus grand; si bien, qu'il ne le devait finir jamais. Et quelles sommes s'engloutirent dans ce magnifique caprice! Le cardinal mort, les comptes qui furent présentés à sa nièce et héritière la duchesse d'Aiguillon, sont éloquents : « Pour les allées, quarante mille livres; pour la conduite des eaux, quarante mille cent livres; pour le grand escalier du jardin et la grotte de la Baleine, cinquante mille; pour le grand corps du logis couvert du dôme cent trente mille, etc., etc. »

Regardons les images, plus révélatrices que la froideur des chiiïres. Suivons Israël Sylvestre. Voici la grande cascade avec ses cinquante degrés et la vasque où la chute des eaux fait un bruit de tonnerre; elle est entourée de la bordure des cyprès, « plantés en vie et en pleine force ». Voici la perspective de la Rocaille, avec sa bordure de marronniers, — ces marronniers dont Richelieu fut l'introducteur en France et qu'on appelait les « cardinaux ». Voici le grand bassin avec sa perspective, au-dessus de la grotte, sa terrasse d'un style italien, où le cardinal, en respirant le bon air, aimait à évoquer le séjour à Rome qui avait fait de lui un évêque. Voici l'orangerie avec l'arc de triomphe, autre souvenir romain, merveille parmi les merveilles.

Or le maître lui-même, malgré tout l'argent prodigué aux architectes, aux entrepreneurs, aux jardiniers, ne sait où se loger : en septembre 1642, trois mois avant sa mort, il écrit qu'il n'y a pour lui d'habitable que la chambre où il mange; ses secrétaires couchent tous dans une seule pièce; ses invités se casent comme ils peuvent dans ce qui reste du vieux bâtiment. « Lorsque, dans l'été de 1635 », Richelieu s'était trouvé « malade à Rueil au point de ne pouvoir bouger, de ne pouvoir même demeurer assis dans le jardin sans se trouver mal », son unique ressource avait été de rester étendu sur « une chaire près de la fenêtre, dans la principale chambre du château qui communiquait avec la chapelle haute ». Il laissait « son regard, moins dur dans la détente de ses nerfs, se reposer sur la

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