‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 354 sur 367 · LE RËCIT DE LE DUCHAT · texte numérisé non relu

LE RËCIT DE LE DUCHAT

le cardinal, il n'y a point de vérités qu'en l'Évangile; c'est à elles seules qu'il faut croire. » Puis il commanda qu'on « l'ôtât de devant lui, car, répétait-il, elle avoit trop de tendresse »,

Le Père Léon, Carme déchaussé, la remplace. Il donne ime nouvelle absolution au cardinal. Puis M. Lescot, évêque de Chartres, qu'on est allé quérir, récite les prières des agonisants. Richelieubaigné d'une sueur froide, les yeux au ciel, ne se soutient que grâce aux cuillerées de vin qu'on lui verse dans la bouche. Soudain ses yeux deviennent fixes, on entend deux soupirs. Il est mort. La flamme de la bougie que l'on approche de ses lèvres ne vacille pas.

Par la porte que Ton vient d'ouvrir, un flot envahit la chambre : d'abord le maréchal de Guiche, seul, en qualité de parent, puis le cardinal Mazarin; le chancelier, MM. de Chavigny, de Noyers, de Paluau, l'évêque d'Auxerre, maître de chambre, « qui sembloit ne pouvoir survivre à un si bon maître ». « Ce fut une si grande désolation par tout le palais, écrivit Le Duchat, le 6 décembre à son frère le conseiller au parlement de Metz, qu'il me seroit impossible de vous la bien représenter. Le Roi, qui étoit au Louvre, ayant su cette nouvelle, assura MM. de Chavigny et de Noyers, qui l'étaient allés trouver, qu'il se vouloit servir d'eux à l'ordinaire et envoya ses compliments à tous les parents du défunt et les assurer de sa bienveillance, leur faisant dire ces propres paroles : qu'il les prioit de conserver pour son service l'affection qu'ils avaient portée à M. le Cardinal. Le soir il déclara à M. le Cardinal Mazarin qu'il désiroit qu'il prît le même soin de ses affaires que faisoit Son Eminence; de quoi il se défendit longtemps et de bonne grâce; mais enfin, en étant pressé, il accepta cet emploi; et là même. Sa Majesté confirma à ces deux autres Messieurs que je vous ai nommés qu'il vouloit qu'ils le servissent, avec M. le Cardinal Mazarin, comme ils avaient accoutumé, afin que rien ne se changeât au gouvernement. Il envoya aussi quérir le premier président et lui dit qu'il vouloit que le Parlement vérifiât hier la déclaration que Sa Majesté avoit mise, le mercredi, elle-même, entre les mains des gens du Roi, par laquelle Monsieur est déclaré incapable d'aucune administration des affaires d'État pour les fautes par lui commises et qui y sont énoncées une par une; y ayant ceci de remarquable que, le 29 du

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