CORTÈGE FUNÈBRE DANS LA NUIT
cheminent vers la Sorbonne. Ce sont, portant des flambeaux de cire blanche, les pages du cardinal, ses parents, ses amis, ses « domestiques ». Les pages sont à pied. Quelques-uns des autres sont à cheval. Ceux qui sont en carrosse, sont représentés dans le cortège par des porteurs de lumières. Au milieu des pages, six chevaux housses de noir et de blanc, tirent un char au-dessus duquel un grand poêle de velours noir est croisé de satin blanc aux armes de Son Éminence. Le char s'arrêta, non pas devant l'église que Richelieu avait fait commencer en 1636, qui ne fut achevée qu'en 1653 et dans laquelle il repose depuis trois siècles, mais dans la petite chapelle de La Sorbonne, qui devait disparaître. L'évêque d'Orléans, en chape et en. mitre, reçut le corps à la porte de cette chapelle. Puis, si nous en croyons un contemporain, le théologien Hermant, qui haïssait le défunt, « M. le Tonnelier commença un discours latin pour rendre témoignage de ce que le cardinal avait été éminent en toutes choses, mais, soit que la chapelle fût étouffée par la quantité de cierges et par le grand nombre de personnes qui y étoient, soit que la vieillesse de ce bon curé de Saint-Eustache et la fatigue qu'il avoit eue l'eût affaibli, il s'évanouit en parlant et on fut obligé de le porter derrière le choeur pour le soulager (1) ».
Quelque temps après ce dernier voyage du cardinal, les Cours souveraines reçurent cette invitation : « Nobles et dévotes personnes, priez pour l'âme du Très Haut, Très Puissant, Très Vertueux, Illustrissime et Éminentissime Seigneur Monseigneur Armand-Jean du Plessis, cardinal de Richelieu, duc, pair, grand maître et surintendant de la navigation et commerce de France, l'un des prélats et commandeurs de l'ordre du Saint-Esprit, chef du Conseil et principal ministre d'État du Roi, pour l'âme duquel se feront les services et prières en l'église de Paris (Notre-Dame), auquel lieu, lundi prochain (19 janvier 1643), après-midi, seront dites vêpres et vigiles des Morts, pour y être, lendemain mardi à dix heures du matin, célébré son service solennel. Priez Dieu qu'il en ait l'âme (2). »
(1 ) Document cité par A. Chéruel, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV. (2) Aubery, Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, tome I, page 572.