APRÈS LE CARDINAL, LE ROI
En ce printemps de l'année 1643, tous les ennemis du ministre défunt, sauf M™^ de Chevreuse et Châteauneuf, sortaient de prison ou revenaient d'exil. Louis XIII, sentant sa fin prochaine, les rappelait à la Cour les uns après les autres, de peur de garder sur sa conscience la moindre injustice. Le 21 avril, on vit reparaître le maréchal de Bassompierre; le 22, le duc et la duchesse d'Elbeuf avec leurs enfants; le 23, le maréchal de Vitry; le 29, la duchesse de Guise, sa fille et ses deux fils ainsi que MM. de Manicamp et de Beringhen; le i^^ mai, le duc de Bellegarde; enfin le duc et la duchesse de Vendôme, les ducs de Mercœur et de Beaufort.
C'est avec surprise qu'ils trouvaient, « sur les degrés du trône d'où l'âpre et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, un successeur, doux, bénin, qui ne vouloit rien, qui étoit au désespoir que sa dignité de cardinal ne lui permit pas de s'humilier, autant qu'il l'eût souhaité, devant tout le monde (1) ».
Avec plus de surprise encore, ces revenants constataient que la politique étrangère du nouveau ministre était celle de l'ancien. Richelieu mort gouvernait sous le nom de Mazarin, Mazarin, d'ailleurs, reconnaissait le génie de ce Richelieu qui, depuis longtemps, avait su découvrir son mérite et le signaler au Roi. Il écrivait au maréchal de Brézé : « Bien que je ne puisse recevoir de douleur plus sensible que d'ouïr déchirer la réputation de M. le Cardinal, si est-ce que je considère qu'il faut laisser prendre cours sans s'émouvoir à cette intempérance d'esprit dont plusieurs Français sont travaillés. Le temps fera raison à ce grand homme de toutes
(1) Mémoires du Cardinal de liclz, tome I, pago 232.