LE PLUS GRAND HOMME DE SON SIËCLE
Le prince palatin, qui avait dû, avant de quitter Vincennes, assurer, par un écrit signé de sa main, qu'il ne sortirait point du Royaume sans la permission du Roi et qu'il « n'entreprendroit rien contre les intérêts de Sa Majesté », fut conduit par Chavigny à l'ambassade d'Angleterre. Il y vécut dans la retraite jusqu'au départ du prince Casimir. Il fut alors installé à l'hôtel des Ambassadeurs, servi aux frais du Roi, par quatre-vingts domestiques et reçut quinze cents francs chaque jour pour ses dépenses personnelles. L'audience que le Roi lui accorda le 3 avril, le dîner qui suivit semblaient lui prouver que tout ressentiment était oublié. Étant allé visiter ensuite le cardinal à Rueil, il lui laissa prendre la droite et dit à son entourage « qu'il ne devoit rien à M. de Richelieu comme cardinal, mais qu'il ne disputait aucun honneur au plus grand homme de son siècle (1) ». Quatre mois plus tard, le grand homme lui permit enfin de partir : il n'y avait plus, en effet, aucune raison de retenir ce Palatin, puisque le roi d'Angleterre était bien résolu de ne jamais s'allier à la Suède pour le rétabHr dans le Palatinat.
Au secours de Casai.
Le 14 avril de cette année 1640, Richelieu écrivit à M. d'Estrades, ambassadeur du Roi près MM. les États de Hollande : « Vous direz, s'il vous plaît, à M. le Prince d'Orange que l'armée de M. de La Meilleraye sera de plus de vingt mille hommes de pied effectifs et sept mille chevaux, et qu'outre cette armée MM. de Chaulnes et de Châtillon en commanderont une autre qui regardera la Flandre, qui sera de plus de quinze mille hommes de pied et quatre mille cinq cents chevaux. Outre cela, M. du Hallier aura quinze cents chevaux et sept mille hommes de pied en Lorraine, du côté du Luxembourg, et le marquis de Villeroy autant en Bourgogne. Voilà l'état de notre campagne, pour ce qui est de la France, à l'égard des côtes de deçà, où je ne comprends point la Guyenne et le Languedoc, qui ont pour faire une armée de quinze mille hommes de pied et de trois mille chevaux. Pour ce qui est des pays
(1) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 260.