UNE RODOMONTADE DE LEGANÈS
Richelieu avait ajouté ce post-scriptum : « Je ne vous saurois dire la satisfaction que j'ai de M. le Comte d'Harcourt et de tous ceux qui servent en l'armée d'Italie. » Satisfaction qui ne cessait de croître, tandis que le vainqueur de Casai s'efforçait de reprendre Turin aux Espagnols : « Il ne me reste, écrivait Richelieu le 26 juillet 1640, qu'à exhorter la bravoure de M. le Comte d'Harcourt à conserver sa personne dans la continuation des actions héroïques qui, le rendant célèbre dans l'Itahe et la chrétienté, font qu'en l'estimant autant que sa vertu m'y convie je l'aime comme un autre moi-même (1). »
C'est au comte d'Harcourt que Richelieu adressait ces lignes enthousiastes. Ce fameux cadet de la maison de Lorraine, connu sous le sobriquet de Cadet la Perle, parce qu'il portait toujours une grosse perle en pendant d'oreille, se trouvait alors resserré entre les murailles de Turin, qu'il avait entourées d'une circonvallation et le marquis de Leganès, accouru pour délivrer la ville. L'armée de Leganès comptait douze mille hommes de pied et quatre mille chevaux, la garnison de Turin, que commandait le prince Thomas de Savoie, était de quinze cents chevaux et de cinq mille hommes, infanterie que grossissaient quelques milliers de bourgeois armés. Mais un corps français occupait la citadelle. Se croyant sûr de la victoire Leganès avait mandé au prince Thomas d'inviter les dames de Turin à louer des fenêtres pour voir passer dans les rues Cadet la Perle, qui ne pouvait manquer d'être pris. Cette rodomontade n'avait pas empêché Leganès d'être repoussé le 11 juillet et de perdre quatre mille hommes à l'assaut des retranchements du comte d'Harcourt. Le lendemain, Turenne avait amené au camp six mille fantassins et quelque huit cents cavaliers. Bientôt le marquis de Villeroy et le comte de Tonnerre le suivirent à la tête de nouveaux renforts. Leganès recevait également de nouveaux contingents.
Il n'entreprit que d'arrêter tous les convois de vivres, réduisant ainsi les assiégeants à une disette qui ne le cédait qu'à celle des assiégés. Ceux-ci, mal ravitaillés par les bombes sans fusée, mais
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VIII, page 364.