LE CHATEAU DE SALCES
Corogne et, d'ailleurs, il y avait longtemps que don Antonio de Oquendo était passé avec ses vaisseaux dans la Manche.
Il fut attaqué le 18 septembre et le 21 octobre par Martin Tromp, amiral des Provinces-Unies. « Le roi d'Angleterre, lisons-nous dans V Histoire au Père Griiïet, avait aussi envoyé une flotte dans la Manche pour garder ses côtes. On dit que les Anglais pour montrer qu'ils observaient une stricte neutralité tirèrent sur les deux flottes (1). » Ce fut don Antonio qui fut battu. Il vit brûler ou couler la plupart de ses vaisseaux et ne put que se réfugier dans le port de Dunkerque avec les sept qui lui restaient, débris d'une flotte qui était composée de soixante-dix voiles et portait dix mille hommes de débarquement.
Les déceptions de Monsieur le Prince.
Tandis que Philippe IV éprouvait ces revers sur l'Océan et dans la Manche, Monsieur le Prince ne demeurait pas inactif en Roussillon. Le château de Salces, qu'il assiégeait vers la fin du mois de juin 1639, dressait sa masse de pierres rougeâtres sur la frontière d'Espagne, à une lieue au sud d'Opoul, à quatre au nord de Perpignan. Le bourg était séparé du château par une esplanade. Henri de Campion, qui servait dans l'armée de Monsieur le Prince, décrit ainsi la forteresse : « Elle est bâtie dans la plaine du Roussillon, hors de la portée du canon des montagnes. Ses murailles ont trente-six pieds d'épaisseur et les parapets seize, de sorte qu'ils sont à l'épreuve du canon. Il y a, aux quatre coins, quatre tours de la même épaisseur et un donjon ou réduit entre deux de ces tours, le tout contreminé quasi partout. Le fossé, des plus larges et des plus profonds, est sec et revêtu de briques; il y a une excellente contrescarpe. Enfin pour une place sans nulle fortification de terre, je la tiens la meilleure de l'Europe (2). »
(1) Père Griiïet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 233.
(2) Voici ce que dit le marquis de Montglat à propos de Salces : « Cette place a été bâtie par l'empereur Charles-Quint pour opposer à Leucate, que François I«' se faisoit construire du côté de la France, sur le bord du lac de Malpes. Comme Leucate, en langage du pays, vouloit dire oie, l'Empereur nomma cette ville-ci, ou plutôt cette forteresse