‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 40 sur 367 · LE PRINCE THOMAS DE SAVOIJ · texte numérisé non relu

LE PRINCE THOMAS DE SAVOIJ

bijoux », dont la sûreté leur était garantie. Elles préférèrent partir avec le prince Thomas. Ce n'est que le 24 septembre que le temps, affreux les 22 et 23, permit le départ des cinq mille hommes d'infanterie et des deux mille cavaliers de la garnison. Le prince partit avec les clefs du saint suaire de Turin. Il se rendait à Yvrée. Croisant sur la route le comte d'Harcourt, à cheval comme lui, il se contenta de le saluer sans mettre pied à terre (1).

Tandis que le vainqueur et le vaincu échangeaient un bref compliment, Louis XIII, à Saint-Germain, mandait au cardinal ce même 24 septembre ; « Vous saurez par Vaucocourt, qui est à ma sœur, la reddition de Turin, il faut bien remercier le bon Dieu des grâces qu'il lui plaît de nous faire et les bien reconnaître (2). » A Rueil, le ministre regrettait que le prince Thomas n'eût pas été fait prisonnier et contraint d'accepter les conditions du Roi. Mais il faisait écrire à Mazarin par Chavigny : « Il ne faut pas témoigner que Son Éminence n'ait pas approuvé la capitulation, car elle ne veut faire aucun reproche à M. d'Harcourt, qui, après tout, a pris Turin et secouru Casai. Son Éminence espère que vous réparerez un peu cela et croit que vous êtes capable de faire des merveilles (3). »

Un des moyens de réparer un peu l'erreur commise était de n'omettre aucun moyen raisonnable pour attacher le prince Thomas au service du Roi (4). Richelieu ne se lassait point de le répéter. Il ajoutait que l'arrestation du comte Philippe d'Aglié, le mauvais génie de Christine, était nécessaire. On devait y procéder aussitôt que la duchesse de Savoie serait arrivée à Turin : « En même temps qu'on aura fait arrêter le personnage, expliquait le cardinal le 13 octobre, lesdits Sieurs Comte d'Harcourt et Mazarin iront trouver Madame, pour lui en dire les raisons, toutes avantageuses pour son service, puisqu'elles vont à lui assurer plus aisément ses Etats et rejeter sur le prisonnier le blâme de sa mauvaise conduite passée. Après cela, on priera Madame, de la part du Roi, d'établir un bon

(1) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, pages 264-265.

(2) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le cardinal de Richelieu, page 384.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, pages 821-822.

(4) Ibidem, page 823,

•ir. LE CARDINAL DE SAVCJlE

conseil, en quoi on tâchera de lui faire choisir ceux que le Roi peut désirer (1). » Richelieu n'estimait pas que la mission confiée à Mazarin fût sans danger, car, le 11 novembre, il écrivait à son ambassadeur extraordinaire : « Souvenez-vous de vous faire escorter, lorsque, après avoir fait toutes vos affaires, vous reviendrez par le Dauphiné, ainsi que M. de Chavigny vous l'a mandé. Je crois bien qu'on n'entreprendra pas grande chose contre une si misérable personne que la vôtre, mais, puisqu'elle m'est chère, elle est assez précieuse pour être conservée avec soin (2). »

Six jours plus tard, un carrosse de velours noir brodé d'or entrait dans Turin. 11 ramenait Christine à son palais. Acclamée par le peuple, Madame reçut une lettre de compliment et les clefs du saint suaire, que le comte Pallavicino lui avait apportées au nom du prince Thomas, et le comte de Mussan la félicita au nom du cardinal de Savoie, qui se trouvait à Nice. Ce cardinal paraissait être sur le point de s'accommoder avec la France. L'approbation donnée par le Roi à son mariage avec la princesse de Savoie, sa nièce, l'octroi de quelques terres considérables et de deux galères armées et équipées à mettre dans le port de Villefranche, le paiement d'une pension égale à celle que lui payaient les Espagnols et qui était de cinquante mille écus, le paiement d'une somme qui ne serait pas inférieure à la pension et servirait à acquitter quelques dettes, la remise d'une des places occupées par les Français en Piémont, place d'où il travaillerait à la soumission des peuples révoltés contre la maison de Savoie, le rétablissement des pensions du prince Thomas, telles étaient les demandes que le cardinal Maurice faisait présenter à Mazarin. Mazarin n'en refusa aucune « pourvu que le prince cardinal se réconciliât sincèrement avec le Roi et avec Madame (3) ».

Le prince Thomas, dont la femme, sœur du comte de Soissons, était à Madrid, ne voulait pas rompre avec les Espagnols sans avoir tiré sa famille d'Espagne. Il entendait, avant cette rupture, que les

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 824.

(2) Ibidem, page 83t.

(:i) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XI II, tome III, pages 297-298.

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