‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 41 sur 367 · UNE LETTRE CAPABLE DE RESSUSCITER UN MORT · texte numérisé non relu

UNE LETTRE CAPABLE DE RESSUSCITER UN MORT

Français rendissent à Madame les places qu'ils occupaient en Savoie, à condition que les Espagnols fissent de même.

Cet article des places, Richelieu pensait qu' « il fallait le coucher avec grande déhcatesse : deux choses y sont à considérer, expliquaitil, la première de le coucher en termes qui ne donnent point d'ombrage aux princes, et le second, qu'ils soient tels qu'ils ne nous embarquent pas insensiblement à une chose du tout avantageuse aux Espagnols et préjudiciable à la France... Quant à moi qui ai pour maxime de dire franchement ce qu'on veut faire et ne vouloir que la raison... je crois qu'on peut accorder la restitution des places, disant que, lorsqu'on les restituera, on aura tout l'égard qui sera requis à la sûreté d'icelles, entendant, comme vous le proposez, obliger par ces paroles Madame à y mettre des troupes françaises payées par le Roi. Et pensant, comme le portent vos lettres, qu'en tel cas il faudroit s'ouvrir le chemin de Casai et par après penser au duché de Milan et non au reste des places tenues dans le Piémont, je ne vois pas de difficulté à dire que le Roi ne fera jamais la paix sans la restitution des places, qu'il n'accordera pas une trêve longue sans que le prince Thomas ait sa femme et ses enfants (1). »

Le cardinal avait ajouté : « Après tout, si vous voulez savoir franchement ce que je pense de toute votre négociation, je vous avoue que, ne la tenant pas désespérée, je n'en ai pas grande espérance (2). « Un mois environ plus tard, le 21 novembre 1640, Richelieu pouvait écrire à Mazarin : « Je ne saurois vous dire le contentement que j'ai reçu de ce que l'accommodement de M. le Prince Thomas a réussi. Je crois que Dieu a permis que vous ayez fait voir, par cet échantillon, ce que vous pouvez faire aux plus grands et plus importants traités auxquels vous êtes destiné... Il ne me reste qu'à vous dire que j'ai en vérité impatience de voir le segnor Colmardo, tant pour l'amour de sa personne que parce que je désire fort qu'après avoir fait ces exploits en Italie, il vienne prendre part à nos réjouissances de carême-prenant. » Et comme la lettre se terminait ainsi : « Il s'assurera cependant qu'en tout temps et

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 833.

(2) Ibidem.

Page 1