I/AKHESTATION DU COMTE PHILIPPE
en tous lieux, je serai toujours, non inutilement son serviteur (1) », Mazarin disait : « Son Éminence m'a fait l'honneur de m'écrire une lettre capable de me ressusciter si j'eusse été mort (2). »
Mazarin avait encore à faire « une chose si importante, qu'il tardoit », à Richelieu de la voir accomplie au contentement de Sa Majesté et à l'avantage de Madame sa sœur (3). Elle le fut le 31 décembre 1640, Le soir de ce jour, le comte d'Harcourt, Mazarin et M. de La Court, l'ambassadeur ordinaire, se rendirent au palais. Ils trouvèrent Madame « ajustant la princesse sa fille pour le bal qui se devoit donner, à quelque temps de là, dans l'appartement du comte Philippe », Ils commencèrent sans nul doute par lui présenter une lettre du Roi, Voici ce qu'y lut Christine : « Ma sœur vous avez pu si clairement remarquer, par les conseils et assistances que je vous ai donnés jusques ici, mon affection particulière envers vous... Mon Cousin le Comte d'Harcourt et le sieur Mazarin vous représenteront les raisons qui m'ont porté à leur donner les ordres, desquels ils vous feront part, qu'il auroit été à désirer qu'on eût pu exécuter plus tôt.,. Je vous prie donc d'ajouter autant de créance à ce qu'ils vous diront de ma part comme si c'étoit à moimême, qui serai toute ma vie votre bien bon frère (4). » Madame apprit alors que le comte Philippe venait d'être arrêté chez le marquis de Montpezat, avec qui il soupait fort gaiement. Elle éclata en pleurs, supplia, se jeta à genoux. Elle n'obtint que ces explications : le Roi a voulu seulement « ôter au comte Philippe la principale part qu'il prenoit aux affaires sans avoir la prudence et l'expérience nécessaires pour les bien conduire, et ôter à la noblesse et au peuple le prétexte de ne pas rendre l'obéissancequi était due à Son Altesse », Voyant l'inutilité de sa douleur, Madame se contenta de répliquer aux envoyés du Roi que le comte Philippe n'était impopulaire qu'en raison de son dévoue ment à la France : « On le sacrifiait, et elle aussi, aux princes de Savoie (5), »
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 839.
(2) Ibidem, note.
('À) Ibidem, page 839, (4) Ibidem page 842.
(T)) Ibidem, page 841.