PUYSÉGUR DANS LE CABINET DU ROI
Le prisonnier fut amené à Paris, où l'on attendait le prince Thomas : « Quand le prince viendra ici, avait écrit le cardinal, il y sera très bien reçu et je m'assure qu'il avouera que le procédé des Espagnols n'a rien qui puisse être comparé à celui des Français (1). »
Le siège d'Arras et les conseils de Richelieu.
On lit dans une lettre du cardinal datée du 19 juin 1640 : « Turin et Arras doivent être l'objet qu'on doit avoir devant les yeux pendant cette campagne. Il ne faut rien oublier pour avoir bonne fin de ces deux affaires, dont les commencements sont fort beaux (2). »
C'est le maréchal de Châtillon qui avait eu l'idée d'assiéger Arras, il avait dépêché Puységur à Soissons pour soumettre son dessein au Roi et au cardinal : « J'ai le même dessein que M. de Châtillon, avait répondu Richelieu, mais j'appréhende le grand nombre d'habitants qui se trouvent dans la ville et qui sont plus ennemis des Français que tous les Espagnols ensemble. Je crains encore que l'on ne leur ait donné une forte garnison pour les défendre. » Puységur affirma que la garnison d'Arras ne comptait pas plus de deux mille cinq cents hommes de troupes réglées, le maréchal le savait. Il entendait faire une démonstration sur Aire et Béthune, ce qui obligerait Arras à se dégarnir pour envoyer des secours à ces deux places.
Les paroles de Puységur ne laissèrent pas d'impressionner Richelieu. Lorsque le Roi tint conseil dans le cabinet de l'évêché, avec le cardinal et M. de Noyers, Puységur demeura dans la chambre voisine, près de la porte, mais, au bout d'un quart d'heure, il fut appelé par M. de Noyers et introduit dans le cabinet : « Nous venons de résoudre le siège d'Arras, lui dit Louis XIII, il faut tenir la chose secrète, n'en parlez à personne, dites seulement à M. de Châtillon d'en faire de même. Je vais dépêcher un courrier au maréchal de La Meilleraye, afin qu'il prenne le temps qu'il faut pour s'y rendre par le côté de deçà l'Escarpe. Le maréchal de Châtillon
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 839.
(2) Ibidem, tome VI, page 701.