LA MANŒUVRE DU MARÉCHAL DE CHATILLON
saura ainsi le jour qu'il lui faudra passer la Somme pour entrer dans le pays ennemi et donner jalousie aux autres places. Et moi j'irai à Amiens et je ferai venir les troupes que du H allier commande vers la frontière de Champagne (1). »
Le maréchal de Châtillon, secondé par le maréchal de Chaulnes, exécuta la démonstration qu'il avait proposée. Arras aussitôt se dégarnit au profit d'Aire et de Béthune. Cependant le maréchal de La Meilleraye s'avançait à la tête de seize régiments d'infanterie et de quatre mille chevaux. Il parut bientôt sous les murs d'Arras, où la garnison n'était plus que de quinze cents hommes et de quatre cents chevaux, et les deux autres maréchaux reparurent avec lui : à présent vingt-trois mille fantassins et neuf mille cavaliers encerclaient la place. Ils s'enfermèrent dans des retranchements, coupés de forts et de redoutes et défendus par des fossés larges de dix-huit pieds, profonds de douze (2). Le 1" juillet, Richelieu félicitait ainsi le maréchal de Châtillon : « Je ne vous témoigne pas par ces lignes la joie que j'ai de voir que les Français, qu'on n'avait pas jusques ici tenus autrement propres à si bien remuer la terre, aient au moins égalé les Hollandais en cette occasion, qui n'en firent jamais une telle étendue en si peu de temps (3). » Il est vrai que, dans une autre lettre datée du même jour, le cardinal reprochait aux maréchaux de n'avoir envoyé à Doullens, dont M. de Saint-Preuil était gouverneur, que mille chevaux et six cents hommes de pied, pour escorter un grand convoi qui devait partir dans les derniers jours de juin : « J'avoue, disait-il, que, si ces Messieurs n'ont une révélation par laquelle Dieu leur donne assurance que ledit convoi ne sera point attaqué des ennemis, je ne sais quelle raison ils peuvent avoir de hasarder une affaire si importante avec si peu de sûreté (4). »
C'est alors que le cardinal infant crut le moment venu d'attaquer les troupes du Roi, pour les obliger à lever le siège. La Meilleraye proposa de sortir des lignes, afin de prévenir la marche des ennemis.
(1) Mémoires de Puységur, l'Édition Tainizey de Larroque, tome I, pages 236-237.
(2) Gazette de 1640, page 441.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, page 712.
(4) Ibidem. >