‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 6 sur 367 · LE BRAVE TRÉVILLE · texte numérisé non relu

LE BRAVE TRÉVILLE

Le 19 juillet 1639, on était au quarantième jour d'un siège où la tranchée avait été exécutée avec des précautions infinies. « Le prince de Condé, nous dit Henri de Gampion, ne manquait point de venir deux fois par semaine la visiter. On ne crut point le désobliger de la rendre la moins périlleuse possible. Les Espagnols avaient été chassés du fossé et la mine que l'on avait creusée dans une muraille si dure, si bien liée et si épaisse, se trouvoit chargée et prête à jouer en présence du prince de Condé, qui s'y étoit rendu... Nous étions, un peu reculés pour être à couvert des effets du feu de la mine : elle fit un trou à fleur de terre, à passer trois hommes de front, remplissant toute la cour du château de fumée et de ruines, aussi bien que le fossé. Tréville, notre major (Pierre- Arnaud de Peyre, sieur de Tréville, cousin du capitaine lieutenant de mousquetaires immortalisé par Alexandre Dumas), Tréville, qui s'étoit trouvé en quantité de pareilles occasions, où il avoit toujours emporté un principal honneur, ne témoignant jamais tant de gaieté que quand il étoit dans le péril, se trouva ce jour-là moins délibéré qu'à l'ordinaire. Il avoit employé une partie de la nuit à se confesser et à faire son testament, ce qui ne lui étoit jamais arrivé, il s'étoit armé d'une cuirasse à l'épreuve, ce qu'il n'avait jamais fait, et parla à tout le monde, comme un homme qui dit le dernier adieu. Il ne laissa pas, sitôt que la mine eut joué, de venir où j'étois, et marcha avec les autres jusque dans le fossé, où voyant que les deux sergents qui étoient devant nous ne passoient point au-delà de la brèche à cause des décharges que les ennemis y faisoient, il s'avança l'épée d'une main et sa canne de l'autre... Nous le suivîmes, Labadie et moi avec nos piques, et trouvâmes un des sergents avec l'épaule cassée auprès de plusieurs soldats morts et que la peur empêchoit l'autre d'avancer. Tréville le poussa de sa canne en le maltraitant de paroles, et sans marchander, passa hardiment la brèche, comme je fis aussi, suivi des plus résolus de nos soldats. Un capitaine des ennemis qui en gardoit l'entrée avec beaucoup d'hommes, vint fort brusquement à moi. Mais ayant

Salces, qui signifie sauce pour manger Voie ; et il la construisit sur l'autre bord du lac, du côté de l'Espagne » [Mémoires du Marquis de Montglat, édition Petitot, tome I, page 257).

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