UN MARÉCHAL DE SUÈDE AU DÉSESPOIR
continue, avait dû céder au comte de Guébriant le commandement de l'armée d'Allemagne. Banner, maréchal de Suède, ne voulait pas admettre que les officiers weimariens fussent nommés par le Roi ou par les généraux du Roi. Guébriant sut déjouer ses intrigues. Il parla avec tant d'énergie aux officiers weimariens, réunis en conseil, qu'il leur en imposa : « Messieurs, dit-il notamment au duc de Wurtemberg, quel rang prenez-vous? Si c'est celui de colonel, comme vous l'êtes dans l'armée du Roi, vous parlerez à votre tour; si c'est- comme prince que vous êtes ici, vous n'avez rien à faire dans cette assemblée (1). »
Ce 11 octobre où Louis XIII écrivait à Richelieu, il y avait plus d'une semaine qu'une poignée de Suédois, cramponnés à la méchante bicoque d'Hôxter sur le Wéser, s'étaient rendus à Piccolomini, après quatre jours de siège et huit assauts. La capitulation était à peine signée, que l'armée du Roi parut en vue des murailles en ruines, dont la séparait le fleuve. Jointe à celle de Banner, l'armée du Roi gardait tous les gués. Le général de l'Empereur, ne trouvant ni vivres ni fourrages, ne tarda guère à se mettre en marche avec ses troupes vers Munster et Paderborn.
La chute d'Hôxter était imputable à l'inertie du maréchal suédois. Celui-ci avait perdu, le 2 juin, sa deuxième femme, la comtesse de Nassau, qui le suivait dans ses campagnes. Il pleurait en elle son « bon génie », « la meilleure partie de lui-même «» « toute sa conduite et son esprit ». C'étaient les expressions dont il se servait pour exhaler son désespoir. La maréchale avait été enterrée en grande pompe à Erfurt le 13 juin 1640 et aussitôt le veuf inconsolable était devenu amoureux de Jeanne de Bade Dourlach, qui assistait aux funérailles. Puis il avait épousé cette princesse au bout de trois mois de fiançailles, que les troupes de l'Empereur avaient su mettre à profit pour balancer la puissance de la Suède.
(1) Voir Vicomte de Noailles, 2> Maréchal de Guébriant, page 161.
(2) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, page 377.