LES « NATIONS
révoltaient, parce que le roi d'Espagne, comte de Barcelone, ne respectait pas leurs privilèges. Leur indignation était d'autant plus justifiée que lors de l'avènement de Philippe IV en 1621, Sa Majesté Catholique avait accordé à leur député, qui venait la saluer, « les mêmes prérogatives qu'au nonce du Pape et aux ambassadeurs des têtes couronnées (1) ». C'était la campagne de 1639 qui avait exaspéré leur mécontentement. Voyant que les troupes qui assiégeaient Salces, manquaient de fourrage et de vivres, le comte duc avait commandé au comte de Santa-Coloma, vice-roi de Catalogne, de recourir, faute de chariots et d'attelages, à des porteuses, à qui l'on ne donna pas la moindre rémunération : « Ne souffrez pas, avait dit Olivarès, qu'il y ait un seul homme dans la province, capable de travailler, qui n'aille à la guerre, ni aucune femme qui ne serve à porter sur ses épaules de la paille et du foin et tout ce qui sera nécessaire pour la cavalerie et pour l'armée. C'est en cela que consiste le salut de tous. Il n'est pas temps de prier, mais de commander et de se faire obéir. Les Catalans sont naturellement légers, tantôt ils veulent et tantôt ils ne veulent pas. Faites-leur entendre que le salut du peuple et de l'armée doit être préféré à toutes les lois et à tous les privilèges. Ayez soin que les soldats soient bien logés et qu'ils aient de bons lits, et si l'on en manque, prenez hardiment ceux des gentilshommes les plus qualifiés de la province : il vaut mieux les réduire à coucher sur la terre que de laisser souffrir les soldats... ne dissimulez pas la moindre faute, quand même on crieroit contre Votre Seigneurie jusqu'à la vouloir lapider. Choquez hardiment tout le monde. Je consens que l'on m'impute ce que vous ferez, pourvu que nous restions avec honneur en Espagne et que nous ne soyons pas méprisés des Français (2). » Salces, reprise le 6 janvier 1640 (3), avait rendu libres les troupes qui l'assiégeaient : dix-sept régiments de mille hommes, composés de Napolitains, de Modénois, de Wallons et d'Irlandais, sans compter quatre mille cavaliers, les « nations », comme on disait depuis le temps de Charles-Quint. Les « nations » étaient méprisées,
(1) Père GrifTet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 278.
(2) Ibidem.
(3) Voir ci-dessus page 14.