LA CATALOGNE SE TOURNE VERS LA FRANCE
vait dépouillé, pour ce qu'il s'étoit mis tout nu pour se sauver à la nage. M. le Marquis lui donna un de ses habits et un baudrier fort riche et, après avoir usé envers lui des compliments favorables, non tant à la condition présente qu'à celle de son extraction, le renvoya avec les autres prisonniers... qu'il congédia, le chargeant de convier son oncle, qui est amiral d'Espagne, à faire provoquer par cet exemple, meilleur traitement que par le passé aux Français qui pourroient tomber entre ses mains (1). »
Le cardinal estima que la victoire eût été plus grande, si quelques-uns de ceux qui avaient le commandement en cette année, étonnés de la grandeur des vaisseaux qu'ils avoient à combattre, n'eussent plutôt agi selon la portée de ceux qu'ils commandoient que selon la grandeur du courage qu'ils dévoient avoir en servant le Roi. Richelieu n'en était pas moins sensible à la gloire qu'avait acquise son neveu : « Trois considérations, déclare-t-il dans son Testament politique, rendent cette victoire signalée. La première que, bien que cette flotte eût été diverses fois attaquée des Anglais et des Hollandais, elle avoit toujours été victorieuse... à raison de quoi elle portoit le nom de Vierge. La seconde est le prix de quatre vaisseaux perdus, estimés avec leur charge près de deux millions d'or. La troisième, qu'interrompre et faire différer le partement d'une telle flotte, c'est la mettre au hasard de se perdre en repartant à contre temps (2). »
La Hermandad.
Bien que remportée sur une côte fort éloignée de la leur, la victoire du marquis de Brézé, ne pouvait manquer d'encourager les Catalans dans leur révolte. Le comte duc leur donna pour vice-roi l'évêque de Barcelone, en qui ils avaient grande confiance. Mais que pouvait un prélat qui demandait à la cour de Rome la dispense dont il avait besoin pour prononcer des arrêts de mort et qui ne la recevait pas, le comte duc feignant d'appuyer sa demande, mais conjurant en secret le Saint-Père de ne point l'accueillir? Voilà
(1) E'igènc Sue, Correspondance de Sourdis, tome II, page 242.
(2) Testament Politique.