‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 7 sur 367 · SALCES AUX MAINS DE CONDÉ · texte numérisé non relu

SALCES AUX MAINS DE CONDÉ

été renversé mort avec les plus déterminés des siens, le reste lâcha le pied au travers de la cour du château. Nous les poussâmes vigoureusement, mais, en traversant la cour, ceux du donjon firent une décharge, dont une mousquetade donna sous le bras droit de Tréville qu'il avoit levé, et passant entre le devant et le derrière de la cuirasse, l'étendit mort sur le pavé, sans qu'il dit autre chose sinon : Donnez! ce que nous fîmes si bien qu'ayant poussé les ennemis jusqu'au fond de la cour, l'on en tua une partie, tandis que l'autre se jetait dans le donjon. Le Breuil et d'Alvimar, bien accompagnés d'officiers et de soldats tant de notre régiment que des autres, nous joignirent, tandis que d'Espagnelle et le vicomte d'Arpajon se saisirent des tours qui étoient au-dessus de la brèche. Nous en fîmes de même de celles qui se trouvoient de l'autre côté de la cour, où ceux qui se montroient étoient tués ou blessés par le feu du donjon (1). » Quelques instants plus tard, un drapeau blanc flotta sur le donjon, la forteresse capitulait. Monsieur le Prince écrivit au Roi : « Votre Majesté verra la capitulation que j'ai faite à ceux du donjon, étant moi-même dans le château. MM. d'Arpajon d'Espenan et d'Argencourt ont fait des merveilles (2). »

La joie de Richelieu ne paraît pas avoir égalé celle de Condé. Le 24 juillet, le cardinal mandait à La Meilleraye : « Enfin Salces a été, par la grâce de Dieu, emportée par assaut. Le gouverneur a voulu mourir sur la brèche et a réussi à son dessein. Tout ce qui s'est trouvé non retiré dans le dernier donjon a été passé au fil de l'épée (3). « En réalité le gouverneur Michel Lauranso Brano avait mieux aimé se rendre que de mourir et de même que ses officiers, il étoit prisonnier de guerre. Condé le remplaça par M. d'Espenan. Vers la fin du mois d'août, M. du Plessis-Besançon présenta à la Cour un mémoire, « sur lequel il demandoit de la part de Monsieur le Prince, les réponses qu'il plairoit au Roi de lui donner». Il désirait savoir « si M. d'Espenan demeureroit à Salces et avec quelles troupes ou s'il agiroit dans l'armée le reste de la campagne (article 6), RicheHeu dicta cette réponse, qui fut inscrite en

(1) Mémoires de Henri de Cainpion, pages 98-101.

(2) Voir Charles Vassal-Reig, La guerre en Roussillon sous Louis XIII, page 108.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, page 449.

m MONSIEUR LE PRINCE EST LAS

marge : « On croit que M. d'Espenan doit laisser un bon lieutenant dans Salces, avec toutes choses nécessaires à la conservation de la place et qu'il doit agir dans l'armée le reste de la campagne. «L'article 8 montrait que l'ardeur de Monsieur le Prince ne montait pas à la hauteur de celle de M. le Cardinal. Condé demandait « si, après avoir mis en train vers le sud-ouest » l'expédition de la vallée de Confient, « il pourroit venir faire un tour à la Cour », afin d'en solliciter lui-même et remporter les pièces nécessaires pour l'établissement et subsistance des troupes durant l'hiver. Mais la voix inexorable de Richelieu dictait au secrétaire Cherré : « Cette proposition est la meilleure qu'on puisse faire pour empêcher l'exécution des desseins qu'on propose. Monsieur le Prince ne doit penser à venir à la Cour que cet hiver, après avoir établi toutes ses troupes en quartier d'hiver, ce qu'il est prié de faire le plus qu'il se pourra à la décharge des sujets du Roi, établissant le plus grand nombre qu'il pourra de nos garnisons dans le pays ennemi. » L'article 10 du mémoire est peut-être celui qui déplut davantage au cardinal : « Si l'intention de la Cour, disait cet article, étoit de n'agir dorénavant en Roussillon que par diversion seulement, Monsieur le Prince estime que le soin de cette entreprise peut être commis à un autre; mais si l'on veut la continuer puissamment, il s'y offre, non que son âge (cinquante et un ans) et ses incommodités (dont l'une était la gravelle) lui puissent permettre de demeurer ordinairement dans le camp, mais à telle distance qu'il s'y rendra toujours à toutes les occasions nécessaires et capitales. » La fermeté de la réponse n'exclut pas l'ironie : « En vain auroit-on commencé l'affaire de Roussillon, déclare Son Éminence, si on ne faisoit état de la poursuivre avec la même chaleur qu'elle a été commencée et partant, puisque Monsieur le Prince en veut prendre le soin, c'est à lui de projeter les desseins dès cette heure pour l'année qui vient et de les conduire si secrètement que les ennemis n'en puissent avoir le vent par quelque voie que ce puisse être (1). >;

Condé était retourné à Narbonne, tandis que Schomberg opérait dans la vallée de la Têt. Le maréchal avait occupé Ille et Canet :

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 483, 485, 486.

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