RICHELIEU PARLE AUX CATALANS
soit assez important, ce n'est pourtant rien auprès de la suite qu'aura cette affaire (1). »
Tandis que le carrosse amenait les ambassadeurs au pied des escaliers conduisant aux appartements de Son Éminence, « privilège et prérogative accordés seulement aux rois et aux princes du sang», le cardinal avait fort présent à l'esprit ce qui avait été convenu à Barcelone et que le Père Griffet a résumé ainsi : « Il y aurait une alliance perpétuelle entre le Roi et la principauté de Catalogne, le comte de Cerdagne et les places et lieux du Roussillon occupés par les Catalans. Le Roi leur donnerait un lieutenant général de l'artillerie, un lieutenant général de l'infanterie et des ingénieurs, avec six mille hommes de pied et deux mille chevaux; savoir trois mille hommes de pied et mille chevaux présentement, et le reste dans le mois de mars prochain ou même plus tôt, si la nécessité des affaires le demandoit. Sa Majesté leur fournirait les armes et les munitions de guerre dont ils auroient besoin, le tout en payant ponctuellement et par avance, de mois en mois, à raison de six réaux par jour pour chaque cavalier et de deux pour chaque fantassin. Les officiers de l'état-major seroient payés suivant un état particulier, qui avoit été dressé de concert avec les sieurs d'Espenan et du Plessis-Besançon. Le Roi s'engageoit à faire comprendre les Catalans dans le traité de la paix générale et au cas qu'il ne pût être conclu à leur satisfaction, de se réserver dans ledit traité la liberté de les assister (2). »
Mais déjà le cardinal est dans l'antichambre. Bientôt les ambassadeurs sont assis avec lui dans son cabinet et sur des « sièges égaux au sien ». Ils ont remis leurs lettres à Son Éminence et ils lui dépeignent la cruelle oppression sous laquelle les a maintenus le gouvernement de Madrid. Puis le cardinal parla à son tour, — en « im castillan très pur », nous dit M. Charles Vassal-Reig, qui a donné un récit fort vivant de cette scène : « Les dommages que la Catalogne subit du roi d'Espagne et de ses ministres préoccupent beaucoup Son Éminence. Les Catalans peuvent être certains que le Roi les protégera, aidera et favorisera pour leur permettre de
(1) Mémoires de du Plessis-Besançon, page 132.
(2) Père GrifTet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, pages 290-291.