‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 63 sur 367 · LES CATALANS A LA TABLE DU ROI · texte numérisé non relu

LES CATALANS A LA TABLE DU ROI

devenir république indépendante et souveraine. C'est au titre d'ambassadeurs de cette République qu'il les reçoit et les prie de se couvrir. Sa Majesté n'entend tirer de cette faveur et de cette aide d'autre intérêt que celui de conserver les Catalans dans leurs lois et privilèges et de les libérer des oppressions. En ce qui le concerne, le cardinal s'engage à les appuyer comme s'il étoit catalan. » 11 s'enquiert des forces militaires de la Catalogne, et l'un des ambassadeurs lui répond fort à propos : « Les plus grandes sont celles que vous voudrez bien nous envoyer de la part du Roi. » Richelieu pressa les envoyés de faire de la Catalogne une république semblable à celle de Gênes. Ils répondirent qu'ils seraient heureux de se voir sous la protection du Roi, comme Gênes l'était sous la protection du roi d'Espagne : « Il suffit, reprit le cardinal, que vous précisiez par écrit cette demande. — Pourrons-nous compter sur l'appui de l'armée de mer? — Certes, dès qu'elle aura achevé ses préparatifs et à condition de donner à un chevalier de Malte que je vous enverrai des renseignements sur les ports où pourra mouiller la flotte (1). »

Ce fut le 7 janvier 1641 que Louis XIII reçut les ambassadeurs à Saint-Germain. M. Charles Vassel-Reig nous montre deux carrosses de la Cour allant chercher les ambassadeurs à leur hôtel. Dans l'un des deux carrosses, est assis le maréchal de La Force, qui va les présenter tout à l'heure au Roi. Louis XIII, dans sa chambre, les prie de se couvrir, il leur donne les mêmes assurances que son ministre et il ajoute qu'il ne fera pas de paix « que n'y soit comprise la province de Catalogne ». Les Catalans dînent ensuite avec le Roi, le maréchal et le capitaine des gardes, puis se recommandent à la reine Anne d'Autriche. La sœur de Philippe IV leur dit sans plaisir qu'elle « se réjouissait des faveurs du Roi à l'égard de leur province ». Cependant, lisons-nous dans la belle histoire de M. Charles Vassal-Reig, le Dauphin, « assis sur un haut tabouret » et « maintenu par sa gouvernante, attendait, digne et distrait que les ambassadeurs vinssent à leur tour lui baiser les mains et le remercier des faveurs reçues de son père. Le futur

(1) Charles Vassal-Reig, Richelieu et la Catalogne, pages 198-199.

LA RÉVOLUTION DE PORTUGAL T.'i

Louis XIV n'avait à ce moment que deux ans et quatre mois. Sa gouvernante, prenant la parole, répondit que Son Altesse Royale se réjouissait fort des bienfaits du Roi envers la province. Elle les assurait qu'en toutes occasions Son Altesse agiroit de même ».

Six jours plus tard, après une nouvelle audience où Richelieu leur annonça qu'ils recevraient un secours de mille hommes et de trois mille chevaux, Chavigny leur remit un exemplaire de la Hermandad « rectifié » et « définitif. »

Le PortugaL

C'était dans les premiers jours du mois de décembre 1640. Tout l'après-midi, Philippe IV s'était diverti à contempler des courses de taureaux splendides. Rentré au palais, il jouait avec quelques seigneurs sans connaître la nouvelle que les Madrilènes se répétaient les uns aux autres dans l'allée des Menteurs ou dans la Galle Mayor et que personne n'osait lui annoncer. Il ne parut point surpris, lorsque Olivarès s'approcha de la table d'un air joyeux, mais ses partenaires n'entendirent pas sans étonnement le dialogue qui s'échangea entre lui et le comte duc : « J'apporte de grandes nouvelles pour Votre Majesté. — Qu'y a-t-il? — Eh bien! Sire, vous avez en un instant gagné un grand duché et d'immenses richesses. — Comment cela? — Sire, le duc de Bragance, devenu fou, s'est proclamé roi de Portugal, vous allez ainsi être obligé de lui confisquer toutes ses propriétés. — Que l'on trouve remède à cela (1). » Et le jeu reprit.

Le remède n'était pas facile à trouver, le Portugal, dont Philippe II s'était emparé en 1531, étant bien résolu de ne plus supporter la tyrannie de Philippe IV et d'Olivarès, qui tendaient à transformer l'ancien Royaume en une province espagnole. Des conjurés, un matin, se rendant au palais de Lisbonne, pénétrant dans la salle des gardes, criant soudain : Liberté! Liberté! Vive don Juan /F, Roi de Portugal! les gardes tués ou désarmés : Vasconcellos, ministre de Marguerite de Savoie, duchesse douai-

(1) Voltaire, Essai sur les Mœurs, tome XIII, page 36. — Martin Hume, Philippe IV et la décadence de i Espagne (traduction Bonnet et Condamin, page 270).

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