LES INSTRUCTIONS DE M. DE SAINT-PÉ
barquant pour l'ancien royaume que Richelieu rêvait de détacher de l'Espagne, avait reçu de Son Éminence ces instructions significatives : « Le sieur de Saint- Pé se rendra au plus tôt près M. le Grand Prieur de Champagne, pour de là prendre tous bons expédients pour savoir des nouvelles certaines du Portugal. Pour cet eiïet, il prendra part dans quelque navire anglais qui ira à Lisbonne, et fera mettre dessus celui qu'il estime lui être confident; lequel s'adressera au capitaine Georges d'Azevedo, lui rendra les lettres et distribuera les autres dont il sera chargé. Ledit envoyé rapportera réponse sur toutes sortes de propositions, afin qu'on puisse prendre une résolution certaine. Premièrement il saura du chancelier et du capitaine d'Azevedo si les Portugais se veulent ouvertement révolter, au cas que les Français aillent, avec une armée navale, prendre tous les forts qui sont depuis la rivière de Lisbonne jusques à la Tour de Belem et les leur mettre entre les mains : auquel cas la France les laissera agir purement et simplement d'eux-mêmes, sans faire autre chose que de les assister dans ce commencement. Si ledit chancelier, d'Azevedo et autres à qui il fera cette proposition, lui témoignent désirer un plus grand secours, il leur demandera quelle assurance le pays de Portugal veut donner aux Français et aux Hollandais ou aux Français seuls, ainsi qu'ils estimeront plus à propos, si on les va secourir avec une armée de douze mille hommes de pied, cinq cents chevaux, cinq cents hommes avec selles, armes et pistolets pour se montrer étant dans leur pays, et une armée navale de cinquante vaisseaux : étant juste, en ce cas, que lesdits secourants aient quelque port et descente qui leur donne assurance de n'être pas maltraités. Il verra donc quel port on leur voudra donner. Il leur proposera ensuite la sincérité de la France, si grande envers eux que, s'ils se veulent délivrer de la sujétion d'Espagne, elle ne prétend d'autre chose que la gloire de les secourir et sûreté avec eux de le pouvoir faire. Et pour leur en donner une plus particulière assurance, il leur dira qu'il ne doute pas que la France n'entende volontiers à leur donner un secours annuel et perpétuel, à cette condition qu'ils se tireront pour toujours de l'obéissance du roi d'Espagne. Il ajoutera ensuite que, s'ils veulent chasser les Espagnols de toute l'Espagne, la France, voulant bien