‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 66 sur 367 · MORT DE BULLION · texte numérisé non relu

MORT DE BULLION

les assister, ne prétend aucune part aux conquêtes, ains consent qu'elles seront toujours entières pour celui qu'ils éliront leur roi et que si le duc de Bragance y veut entendre, la France le trouvera bon, sinon on leur envolera un des héritiers de leurs derniers rois (1). » Le billet de Louis XIII, les instructions de Richelieu font suffisamment connaître que tout n'est pas exact dans cette assertion de Voltaire : « Le ministère français, qui n'avait contribué en rien à cet événement, en retira sans peine le plus grand avantage qu'on puisse avoir contre son ennemi, celui de le voir attaqué par une puissance irréconciliable (2). »

Au moment où la guerre, qui se prolongeait, entraînait sans cesse de nouvelles dépenses, Richelieu perdit l'un de ses deux surintendants des finances : M. de Bullion mourut dans la nuit du 22 au 23 décembre 1640. Le cardinal, qui lui trouvait l'âme fort désintéressée et qui lui faisait, au début de chaque année, un présent de cent mille francs, ne s'affligea pas outre mesure de cette mort. Un jour comme Son Éminence, qui s'était sentie très mal, se rétablissait lentement, l'un des Bautru était venu lui rapporter certaine conversation qu'il avait échangée avec le Roi. Aux compliments de Bautru à propos du rétablissement d'un ministre que jamais personne ne pourrait remplacer, si l'on avait le malheur de le voir mourir, Louis XIII avait répondu avec sérénité que « la France n'étoit pas aussi dépourvue de bonnes têtes qu'il se l'imaginait ». « Et où sont-elles, ces bonnes têtes? avait demandé Bautru. Je ne les connais pas (3). » Le Roi n'avait point caché que l'une d'elles était Bullion. Il n'en avait pas fallu davantage, assure-t-on, pour indisposer le ministre contre ce successeur éventuel.

Faut-il croire qu'un propos de Bullion, rapporté au Roi, ait envenimé la blessure de Son Éminence? Le surintendant des finances aurait dit à Louis XIII « qu'il y avoit trois gouffres où il ne voyoit goutte, la marine, l'artillerie et la maison du cardinal (4) »? Accusation des plus injustes, car la maison du cardinal,

(1) Aubery, Mémoires pour l'Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, tome III, pages 759-

(2) Voltaire, Siècle de Louis XIV, édition Rebelliau et Marion, page 13.

(3) Voir Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 302.

(4) Mémoires de Moniglat, tome I, page 303.

Page 1