‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 70 sur 367 · JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION

presse, comme vous fîtes l'autre fois (1). » La recommandation n'était pas superflue. Le Roi connaissait les aveux arrachés, le 16 décembre 1640, à un ermite des faubourgs de Vendôme, accusé de plusieurs crimes. Cet ermite, nommé Guillaume Poirier, avait été arrêté à Paris ainsi qu'un certain Louis Allaiz soupçonné d'être son complice. Guillaume Poirier avait déclaré que, dix-huit mois plus tôt, « étant dans les prisons de Vendôme, il en avoit été tiré et conduit dans la maison d'un chanoine qui n'en étoit pas éloignée, qu'il y avoit trouvé M. le Duc de- Vendôme, qui, après l'avoir entretenu quelque temps, lui avoit proposé d'attenter à la personne de M. le Cardinal de Richelieu, et qu'ensuite il avoit fait part de ce dessein à deux autres ermites, dont l'un était Frère Allaiz et l'autre un ermite qui demeurait près de Gisors (2). »

A la suite de cette déclaration, les ermites furent transférés du Grand Châtelet à la Bastille, interrogés par le chancelier. Cependant le duc de Vendôme, fort inquiet, envoya la duchesse sa femme et ses deux fils avec mission de le justifier et de faire observer que les témoignages de trois criminels ne méritaient pas d'être pris en considération. Il offrait, d'ailleurs, de venir lui-même à la Cour, afin de prouver son innocence. Le Roi et le cardinal acceptèrent son offre et rédigèrent, avec un soin minutieux, la lettre qu'ils lui adressèrent à son château d'Anet près de Dreux : « Je vous envoie, ' écrivait Louis XIII à Richelieu le 19 janvier, la lettre pour mon frère de Vendôme tout ouverte, de peur de faillir, parce que, dans celle que vous m'avez envoyée, j'ai trouvé le commencement un peu brouillé, afin que vous voyiez si je l'ai écrite dans votre sens. J'ai choisi Monnincourt, qui vous rendra ce paquet, pour porter la lettre à mondit frère .de Vendôme, parce qu'il est sûr et a de l'esprit; vous lui direz ce qu'il aura à faire, s'il eût été ici (à Versailles), je vous l'eusse envoyé dès hier au soir, mais il étoit à Saint- Germain, où, je l'ai envoyé quérir. Je vous prie de prendre plus de soin de vous que jamais (3). »

(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, page 403.

(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 314.

(3) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, pages 398-399.

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