‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 73 sur 367 · LA CLÉMENCE DU CARDINAL · texte numérisé non relu

LA CLÉMENCE DU CARDINAL

M. de Vendôme, ce n'est pas mon avis. Je dois la protection à ceux qui me servent avec affection et fidélité, comme fait M. le Cardinal et si je n'ai soin de faire punir les entreprises qui se font contre sa personne, il sera difTicile que je trouve des ministres pour prendre soin de mes afTaires avec le courage et fidélité qu'il fait. Je me suis donc résolu à prendre un expédient que j'ai proposé à M. le Chancelier, de retenir le procès criminel de M. de Vendôme à ma personne et d'en suspendre le jugement définitif, et selon, qu'il se conduira envers moi, j'userai de bonté envers lui et lui pardonnerai, si ses actions le méritent. » Mais le chancelier insiste : « Sire, je suis obligé de répéter à Votre Majesté que M. le Cardinal m'a donné ordre par sa lettre de demander avec instance le pardon de M. de Vendôme; je crois que Votre Majesté le peut accorder sans blesser son autorité. »

Louis XIII, qui en cela ressemblait à sa mère, se laissait aller à son opiniâtreté, il repartit qu'il « ne vouloit point pardonner présentement, mais qu'il étoit résolu de suspendre le jugement du procès et se réservoit de faire grâce à M. de Vendôme, si sa conduite à l'avenir étoit telle qu'elle le méritât (1) ». Il dit ensuite au chancelier : Lisez la lettre que M. le Cardinal vous a écrite. « Monsieur, lut aussitôt le chancelier devant l'assemblée attentive, les intérêts de l'Etat ayant toujours été les seuls que j'ai eus devant les yeux, j'estime maintenant que le public doit être aucunement satisfait par la connaissance du mauvais dessein que M. de Vendôme s'étoit mis dans l'esprit, et que je puis, sans préjudicier au service du Roi, supplier Sa Majesté de pardonner à M. de Vendôme et d'approuver la résolution que j'ai prise en mon particulier de ne me jamais souvenir du mal qui a été projeté contre moi. La clémence dont il plaira au Roi d'user en cette occasion n'étant accordée qu'à ma très humble supplication, on ne sauroit penser, à mon avis, qu'elle puisse donner lieu à une pareille entreprise, qui est, selon la connaissance que j'ai de la bonté de Sa Majesté, la seule considération qui la peut arrêter. Je vous conjure, sur tous les plaisirs que vous me sauriez faire, d'obtenir d'elle fentérinement de ma supplica-

(1) Père Griiïcl, Histoire du Régne de Louis XIII, tome III, page 317.

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